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Pourquoi j’ai arrêté la pilule après ma grossesse

Par Christel
Pourquoi j’ai arrêté la pilule après ma grossesse

Plusieurs raisons motivent la jeune maman à poursuivre comme à cesser de prendre la pilule comme moyen de contraception à son retour de couches. Souvent l’accouchement est un moment de bascule sur bien des plans, s’expliquant très clairement par le chamboulement physique et psychique du début de maternité. L’arrêt de la pilule serait-il un nouveau caprice ou coup de tête irresponsable ? Une nouvelle tendance bobo ? Et si on respectait enfin notre corps ? En cette journée mondiale de la contraception, Christel avait envie de vous raconter son histoire de 20 ans de pilule et ce qui l’a motivée à la quitter.

Les années pilule

Cela fait un peu plus de 4 ans que j’ai décidé d’arrêter la pilule. 4 ans, c’est rien en comparaison des 20 ans de prise de ce médicament en continu. 20 ans, j’en tremble encore en pensant à la quantité d’hormones artificielles ingérées et déversées dans les eaux troublées.

Nous avons toutes une histoire singulière avec la pilule. Et notamment le souvenir de la première fois, du premier rendez-vous de prescription. Cette histoire explique beaucoup pourquoi je me suis mariée, sans réfléchir, à la pilule. Car je l’ai prise à l’adolescence suite à une aménorrhée. La pilule dans ce cas précis, c’était LE médicament qui allait m’aider à me faire revenir mes règles. Ce fut le cas, avec 10 kg de plus sur la balance en à peine quelques mois. Rien de tel pour se sentir bien dans sa peau lol. Evidemment, les 10kgs ne se sont pas uniquement vus sur la balance, mais de partout sur mon corps. J’ai alors détesté ces nouvelles formes qui me valaient des remarques et des regards appuyés. Cela m’a beaucoup complexée. Du coup, quand quelques années plus tard, j’ai eu le “vrai” premier rendez-vous chez le gynéco pour la contraception, je l’ai prié de me trouver une pilule qui ne fasse ni grossir ni prendre de la poitrine. Et là, au bout de deux essais, bingo ! J’avais entre les mains la pilule micro-dosée Harmonet pour une cohabitation harmonieuse et longue-durée. Je n’allais donc pas la lâcher.

De l’arrêt provisoire à l’arrêt définitif

Evidemment grande fut ma peur de ne pas arriver à tomber enceinte le jour où j’ai rompu le pacte – provisoirement – avec elle. Alors oui, il a fallu attendre presque un an, mais rien de bien inquiétant. Et l’immense joie de donner naissance à ma fille ! Très vite, la même pilule a été prescrite d’office sur mon lit de maternité. Comme pour tous les autres conseils, j’ai suivi à la ligne les yeux fermés et n’ai pu imaginer une seconde prendre le risque de retomber enceinte alors que je venais de donner la vie.

Étonnamment, je suis tombée très rapidement enceinte de mon 2ème enfant après l’arrêt de la pilule. Par contre, qu’est-ce que j’ai adoré ne plus avoir mes règles pendant la grossesse ! Si bien que quand mon gynécologue a préconisé de prendre la pilule en continu le temps que j’allaite, j’ai été plus qu’obéissante : j’ai continué de la prendre sans interruption pendant des années. Bye bye les règles. Personne n’y a vu le moindre souci ou ne m’a interrogé sur ce choix, puisque c’est bien connu, la pilule offre un confort ! Avec du recul, je me demande vraiment ce qui m’a traversé l’esprit à ce moment là : à la même époque, je perdais ma maman d’un cancer du sein, je m’étais convertie à l’alimentation et la cosmétique bio depuis des années…mais je continuais paradoxalement à me gaver d’hormones. Car attention cocktail explosif : je combinais pilule et levothyrox. Mon corps était nourri aux hormones de synthèse.

Il y a donc 4 ans, j’ai décidé de tout arrêter. Le traitement de mon hypothyroïdie (les indicateurs étant alors rassurants) et la pilule. Ce qui m’a motivé ? Un cumul d’infections à répétition et un échange avec Lanqi (propriétaire des spas du même nom, spécialisés dans les massages chinois). Quand on a parlé de mon cycle, je lui ai dit que je n’avais plus mes règles. Oh stupeur ! Les hormones de synthèse bloquent totalement la circulation de l’énergie dans le corps. Le cycle est un précieux indicateur de la santé féminine, et les règles sont une période pendant laquelle nous rejetons toxines physiques et mentales. Pour elle, c’était important que je fasse revenir mes règles et que le sang puisse à chaque cycle, et de manière naturelle, circuler, être évacué puis renourri.

@consuelo.verona

C’en était assez. Et d’un coup, tout ce qui avait été mis en sourdine pendant des années (émotions, désir, sensations, douleurs…) sont réapparus au grand jour. Ce sont mes vraies hormones qui régissent désormais, et force est de constater que ce n’est pas toujours la joie. Cependant, c’est moi, c’est naturel et je l’accepte tout aussi bien au final. Cela m’oblige à être beaucoup plus à l’écoute de mon corps et de mon cycle. Mon amie Nina a fait également le même choix et s’est confiée sur ce qu’elle a observé :

J’ai tout de suite décidé d’arrêter la pilule après ma grossesse. Je l’avais prise non stop pendant 15 ans mais ce n’était pas mon corps. Quand je suis devenue maman, je me suis sentie d’un coup plus naturelle, plus “moi”. J’ai redécouvert mon corps de façon différente. Souvent je me sentais déprimée avant l’arrivée de mes règles. Aujourd’hui je suis plus stable au niveau des humeurs et la libido est moins en berne

Nina

Remplacer la pilule

Evidemment la question qui se pose est : par quoi as-tu remplacé la pilule ? Certainement pas dans mon cas par un stérilet. J’ai trop le souvenir affreux de règles quasi hémorragiques de mon adolescence, comme de celles de ma maman après avoir tenté le stérilet. Alors le choix s’est porté sur le préservatif masculin et puis l’observation du cycle. Même si le bracelet Ava n’a pas pour vocation d’être une aide contraceptive (mais plutôt d’être un tracker de fertilité efficace), il me permet d’identifier les périodes fertiles. Que je rapproche avec une observation de la glaire cervicale. Cela reste risqué et les avortements sont malheureusement de légion suite à des “accidents” mais pas que, puisque 65% des IVG en France se produisent chez des femmes sous contraception. Faut-il fustiger les femmes d’être de totales inconscientes ? Et les hommes alors, que font-ils les hommes, à part décider de nos corps et de nos droits à avorter ? Ne peuvent-ils pas partager la charge mentale contraceptive ?

« La meilleure contraception, c’est celle qu’on choisit » rappelle la campagne de sensibilisation du Centre de planification ou d’éducation familiale. En réalité, nous n’avons pas beaucoup de choix qui s’offrent à nous, ni même de soutien, que ce soit de la part de nos conjoints comme du corps médical. Il est acté que la contraception est une affaire de femmes et qu’elle a été un progrès majeur de libération sexuelle. Pourquoi donc s’en passer ? Tout simplement parce que nous avons le droit de ne pas vouloir nous exposer à des risques accrus de cancer du sein ou du col de l’utérus, de troubles menstruels, de caillots sanguins, d’infections gynécologiques…

Etre mieux informée et décider pour son corps

Le corps féminin subit un lot incroyable de transformations liés à la grossesse et ses bouleversements hormonaux . Mais tout est toujours si obscur, puisque la normalité veut que nous mettions au monde des enfants tout comme nous contrôlions notre fertilité sans broncher, en acceptant le prix à payer de souffrances et de chamboulements, souvent en totale ignorance. Parmi eux, chez moi, ce fut une perte d’audition inexpliquée. J’ai vu pas moins de trois ORL, fait des tonnes d’examens, pris des médicaments. Pour m’entendre dire que “l’otospongiose (maladie de l’os de l’oreille), vous savez, c’est fréquent après une grossesse”. Voilà, je suis devenue brutalement quasi sourde d’une oreille et ne peux pas me faire opérer. Je suis HANDICAPÉE ! Un handicap qu’il faut encaisser en plus de tous les autres à traiter dans les années après accouchement : apparition de caries, perte de tonicité du périnée, trombose veineuse pour laquelle je me suis faite opérer ! Surtout on s’est bien gardé de me dire qu’il fallait surtout éviter de prendre la pilule quand on est prédisposé à une otospongiose évolutive, une disparition brutale de l’audition pouvant arriver, même sur l’oreille saine.

Je suis donc l’exemple parfait de l’enfant des années 70, dont le corps a été le parfait terrain d’expérimentation scientifique et d’expression des effets secondaires de la pilule. Dire que cela n’a pas été un progrès, c’est faux puisque la fertilité a été mieux maîtrisée et a rendu possible une sexualité plus sereine. La pilule a cependant laissé un lourd héritage : celui de modifier nos corps et de nous faire porter à nous seules la responsabilité de la contraception.

Comme vous sans doute, j’ai l’espoir que de nouvelles contraceptions naturelles voient le jour, qu’elles s’appliquent à la femme comme à l’homme. Et pour cela, comme le rappelle Sabrina Debusquat dans l’excellent ouvrage “Marre de souffrir pour ma contraception“, encore faut-il qu’il soit décidé comme priorité nationale d’aider la recherche et nos futurs médecins à se former et explorer en toute indépendance. Sachant que 98% de la formation médicale continue est financée par des laboratoires pharmaceutiques dont les enjeux de vente des pilules sont énormes, il est bien moins sur que notre pays, premier producteur de médicaments en Europe mais 15ème en matière de R&D par rapport à son PIB, se décide à sortir notre médecine des eaux troubles. Mais vous, vous pouvez en décider autrement pour votre corps.

Photo d’en-tête @eileena_ley

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4 Commentaires

  1. Merci pour cet article très honnête et si vrai. L’arrêt des hormones artificielles était une vraie révélation pour moi et m’a permis de re-découvrir mon propre corps. Je n’en veux plus jamais!

    Nina
  2. Merci pour cet excellent article ! Chez moi non plus, plus de pilule depuis mes grossesses et pas de stérilet non plus. Mon mari partage avec mon la charge mentale de la contraception comme dit dans l”article. Il y a le préservatif, en effet, mais plein d’autres façons de ne pas tomber enceinte où l’on revoit totalement sa manière de faire l’amour dans le couple et ça fait un bien fou à tout le monde !

    Dress Me and My Kids
  3. Merci pour ton article qui me parle beaucoup…. Je n’ai jamais pris la pilule. Le peu de tentatives s’est voué par des changements d’humeur, maux de tête, pas de libido et j’en passe… J’ai des grosses douleurs pendant les règles, parfois je dois rester couchée pendant 2 jours tellement je suis pliée en 2. Mais, je me dis que ça passera et c’est tout. Je n’ai pas du tout confiance à ces hormones de synthèse. J’ai eu 3 enfants, avec un syndrome d’ovaires polykystiques… Ça ne se soigne pas, c’est un syndrome. Mais on a bataillé pour me dire que la pilule apaiserait mes douleurs, etc… Que des bêtises. Je préfère prendre du spasfon.
    Véritablement, je trouve aussi que si l’on ne prend pas la pilule, le stérilet ou quelque hormone qui soit, on ne rentre pas dans le moule.
    Je trouve aussi que c’est un peu l’effet de mode de l’adolescence.
    Puis plus tard, la liberté face aux copines d’avoir ou non ses règles. Et on se dit “quelle chance elle a !!!”
    Finalement, je pense qu’il faut écouter son corps et le respecter.
    Chacun choisit sa contraception, mais moi, je n’utiliserai pas cette m**** légalisée. Véritable bombe à retardement du cancer du sein, des ovaires et j’en passe… Merci pour ton article.

    Prescillia Maritano
  4. Lorsque j’ai lu cet article il y a quelques jours ça m’a aussitôt parlé ! J’ai pris le temps d’y penser et je me dis qu’il était important de partager nos expériences. J’ai commencé la pilule à l’adolescence au moment des premiers rapports… Des années à berner mon corps comme beaucoup de femmes. Je l’ai stoppée à la fin de ma relation précédente, j’ avais 27 ans. J’ai ensuite rencontré mon conjoint et nous avons fait sans jusqu’à notre petite fille, je suis tombée enceinte le jour où j’ai décidé que c’était le bon moment !! Arrive la grossesse et puis l’accouchement… La peur du retour de couche et hop je me fais prescrire à nouveau la ” petite pilule magique” et là ça a été le début de l’ enfer pour moi. Impossible de perdre mes kilos de grossesse malgré l’allaitement… Et surtout un vide et une perte totale de libido. Je n’avais plus aucune envie, aucun désir, jamais ou si peu. Les mois ont passé… Je pensais que ça reviendrait, qu’il me fallait un peu de temps pour me remettre de mon accouchement, de me faire à ma nouvelle vie de maman. Mais rien, les mois passaient et rien ne se passait. Après 2 ans j’ai commencé à sérieusement m’inquiéter de la situation, avoir un enfant m’avait-il ôté toute envie de sexe ? Je commençais à sérieusement porter ça comme un lourd fardeau et mon conjoint aussi. C’est lors de mon rdv annuel chez la gynécologue que j’ai voulu crever l’abcès. Je lui ai expliqué la situation : je n’avais tout simplement plus de libido. J’ai alors fait face à une totale incompréhension de sa part. J’avais tout simplement besoin d’aller voir un psy d’après elle. Je me suis effondrée dans son cabinet, tout allait bien dans ma vie sauf ça !! Et je suis répartie avec ma petite ordonnance pour ma petite pilule. J’ai pris la décision de l’arrêter pour voir… et je ne suis finalement jamais allée à la pharmacie chercher la boîte de pilules qu’elle m’avait prescrite. Cela fait bientôt un an que je vis sans, et je dirais même que je revis !! J’ai retrouvé une sexualité normale. Alors mes règles sont certes ennuyeuses, plus longues et plus abondantes mais sincèrement je fais avec !! Nous sommes vigilants et utilisons des préservatifs comme moyen de contraception…. Et je ne pense pas que je reprendrai un jour la pilule !! Je me sens tellement mieux sans les hormones de synthèse, tellement plus libre et épanouie. Écoutez-vous, écoutez votre corps et n’ayez pas peur de faire sans !!

    Émilie

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