En France environ une femme sur cinq accouche par césarienne et le taux peut grimper jusqu’à 50% dans certains établissements. Des chiffres qui ne rendent pas compte d’une réalité plus particulière : quelles sont les femmes qui ont subi la césarienne ou celles qui l’ont choisi. Car oui, on peut « choisir » d’accoucher par une césarienne ! Un sujet très tabou qui peut même sembler une hérésie pour beaucoup de personnes, dont les médecins. Quant à moi, j’ai décidé de faire une césarienne dite de convenance… et je vous explique pourquoi.

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J’avais déjà eu une césarienne

Pour ma première fille, j’étais terrifiée à l’idée de subir une césarienne. Quand on me l’a annoncée au dernier moment, car son cœur s’emballait, j’ai eu la peur de ma vie.

Quoi ! Je ne  vais pas accoucher comme tout le monde ? Mais ce n’est pas naturel ? Est-ce-que ça fait mal ? Serai-je seule ?

Bref grosse panique dans ma tête, j’étais vraiment super mal. Puis au final, cette césarienne d’urgence s’est plutôt bien passée, j’ai ressenti des douleurs post-opératoire, mais satisfaite de ce passage. L’essentiel étant bien sûr la santé du bébé et la mienne. Donc finalement je ne connaissais que ce mode opératoire, et pour mon deuxième accouchement j’avais juste envie de me diriger en terrain connu. Ma cicatrice de césarienne était nickel, aussi j’étais rassurée à l’idée de réouvrir au même endroit. Et puis j’étais déjà préparée psychologiquement aux douleurs que j’allais avoir, je savais cette fois-ci qu’elles allaient prendre fin et qu’elles étaient surmontables. Bref, le terrain était déjà balisé, j’avais l’impression d’avoir fait 50% du travail ainsi.

J’avais trop peur de l’accouchement par voie basse

Jeune maman dans sa trentaine, j’en ai entendu des histoires d’accouchements autour de moi ! Il y a celles qui vivent dans le monde des bisounours et pour qui tout s’est passé comme dans les films… et puis les autres. Ma tête était envahi de témoignages « des autres » : celles qui ont vécu des accouchements sans fin de 72h, d’autres qui ont eu des déchirures jusqu’à l’anus, d’autres qui se sont retrouvés quasi-incontinentes à cause d’une épisio trop profonde… Bref, j’étais terrorisée. J’ai aussi cette intime conviction que l’on a les accouchements qui nous ressemblent. La plupart de mes copines cool et zen ont eu des superbes délivrances. Moi, je suis plutôt du genre angoissée, « control freak », qui passe sa vie à faire des auto-diagnostics sur le net, alors quand on me dit « ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer ». J’imagine en fait les 36 derniers épisodes de Grey’s Anatomy où « non, ça ne s’est pas passé comme prévu ! ». Ces angoisses de l’accouchement par voie basse allaient peut-être même me gâcher mon moment ? Bien sûr que si j’avais testé j’aurai pu adorer, et me rendre compte que tout s’est bien passé en effet, et pleurer de joie à l’idée d’avoir mis au monde « toute seule, comme une grande ». De ressentir ce bonheur exquis de « sentir passer le bébé » comme mes copines me le décrivent. Mais non… pour moi l’accouchement c’est un peu comme jouer à la roulette russe… Soit ça passe, soit ça casse. En optant de moi-même pour une césarienne, je mettais un maximum de côté de chances pour que ça passe.

Mon corps m’appartient !

On en vient à la partie militante de mon choix et sans doute la plus importante ! Quand j’osais formuler ma demande aux professionnels de santé, mon médecin traitant, mon échographe ou autres, ils me faisaient TOUS les gros yeux et surtout ne rataient pas une occasion pour me dire à quel point choisir de faire une césarienne était illogique.

 On ne choisit pas de se faire opérer, c’est une hérésie.

Soit j’entends bien ! MAIS pour autant…. Nous sommes dans un pays libre ! Si j’ai des gros seins et que je décide d’avoir des seins encore plus gros, je fais ce que je veux, même si c’est dingue et que ça ne répond pas à la norme, et que je prends d’énormes risques en le faisant. Il y a quelques décennies, on disait aux femmes qu’elles devaient accoucher dans la douleur… c’était le passage obligé. Heureusement quelques femmes libres ont décidé de changer des autres et de préférer la péridurale, faisant de cette exception une nouvelle « norme ». Puisqu’aujourd’hui le retour à la péridurale est pratiquée dans près de 80% des accouchements en France. dans certaines régions d’Amérique latine, la césarienne est le mode d’accouchement encore plus répandu que la voie basse. Alors pourquoi diable, n’aurais-je pas le droit de disposer de mon corps et de demander ce qui pour moi me semble plus en adéquation avec ma vision de la maternité? Nous sommes en France, un pays où le taux de mortalité en couches a quasiment disparu, avec des unités médicalisées extraordinaires, la césarienne n’est plus une opération exceptionnelle. Elle présente les mêmes risques que n’importe quel acte chirurgical en rapport avec l’anesthésie, les risques d’infections…

Quand ma gynécologue a accepté ma demande de césarienne sans aucun jugement, ou quand mon étiopathe m’a parfaitement comprise et soutenue dans ce choix sans essayer de me faire changer d’avis : je me suis sentie respectée. Elles avaient compris que mon choix était totalement éclairé et réfléchi. Je savais que la rémission pouvait être plus longue, que j’étais privée de certaines sensations, que c’était aussi un acte perturbant pour le fœtus que l’on vient cueillir… oui je savais tout ça et malgré tout je voulais ma césarienne. C’était même le point essentiel pour passer en toute tranquillité ma grossesse sans aucune appréhension du Jour J. Et ma grossesse a été idyllique sur ce point. Paradoxalement je l’ai même exempté d’une partie du suivi médical imposé ( les prises de sang mensuel ou le test de trisomie par exemple). Là aussi je voulais être libre de mon corps, ne pas imposer la cadence de ces actes médicaux qui pour moi n’étaient pas nécessaires, et surtout parce que je ne présentais pas une grossesse à risque et que j’étais en parfaite santé. Et ma gynécologue toujours aussi psychologue respectait tout autant mes choix, sans « trop » de remontrance. Un peu, quand même, elle était bien obligée pour la forme.

Pour ma vie sexuelle

Bah oui, il faut bien l’avouer, je ne vais pas faire l’hypocrite, bien sûr j’y ai pensé. Puisque j’avais déjà été ouverte une fois au niveau du ventre, je n’avais pas très envie de me taper le doublon avec l’épisio en prime. Je me souvenais surtout que pour mon premier accouchement, j’avais eu mon premier rapport trois semaines après l’accouchement, ce qui était une belle récompense après les difficultés que j’avais eu pour surmonter la douleur les premiers jours. Avoir aucune séquelle au niveau du vagin, pouvoir uriner sans problème, ne pas ou presque pas avoir besoin de faire de séance de rééducation du périnée, et surtout garder sa tonicité musculaires lors des rapports… sont autant d’arguments qui raisonnaient dans ma tête pour me convaincre de faire le bon choix. Le point culminant a sans doute été lorsqu’une amie m’a appelé en pleurs, en pleine seconde grossesse parce qu’elle était en train de faire un prolapsus (le mot scientifique pour « descente d’organes »). Là j’ai imaginé son vagin dilaté et ses lèvres qui descendaient, laissant entrevoir des bouts de peau peu ragoutant. Désolée pour ce genre de détail, mais c’est réellement ce que j’avais à l’esprit… j’imaginais à quel point mon sexe pourrait être déformé et comme mon chéri ne me regarderait plus jamais de la même façon. Comment lui dire : « mais non vois l’amante en moi avant la mère ! » Je sais, que des millions de femmes ont accouché par voie basse, sans jamais connaitre ce genre de mésaventure, et que leur vie sexuelle n’a jamais été affectée. Oui, mais voilà, face à ce risque, aussi petit soit-il, j’ai préféré jouer la carte de la prévention.

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Me réapproprier mon accouchement

J’ai toujours eu du mal avec l’autorité et du coup assez mal à l’aise face au corps médical qui peut nous infantiliser et nous rendre si vulnérable. Je comprends tout à fait que les praticiens n’aient pas toujours le temps de répondre à toutes nos questions lors des consultations, et qu’ils soufflent de temps en temps quand on veut aller dans le détail. Oui mais voilà, je suis comme ça. J’ai besoin de savoir, de comprendre, de peser le pour et le contre, et d’être éclairée sur chaque étape de l’accouchement. Or lors d’un accouchement par voie basse, il y a des urgences, des décisions, des consensus à prendre en compte selon le cas particulier de chacune. Cette partie me déplait, j’ai l’impression d’être un cobaye. Mea Culpa a 100%, je ne prétends pas que mon attitude soit la meilleure et je devrais laisser les professionnels faire leur métier, mais c’est plus fort que moi. En choisissant ma césarienne, j’ai pu profiter de consultations personnalisées et exprimer dans le détail mes craintes, mes questions, mes exigences. J’ai été suivie par l’exacte même équipe médicale qui allait m’accoucher, ce qui m’a aussi beaucoup rassurée. L’anesthésiste et l’obstétricien me connaissaient déjà, et savaient mes attentes. J’ai ainsi pu insister sur le protocole de douleurs post-accouchement jusqu’à savoir exactement quels médicaments on allait me prescrire pour éviter les douleurs de ma premiere césarienne.

Je savais aussi le programme de ce jour : savoir si mon conjoint allait pouvoir être présent, quel type de péridurale j’allais recevoir, combien de temps prenaient les différentes étapes de l’opération, où et avec qui allait partir le bébé pour les tests de naissance, est-ce que mon conjoint pouvait suivre le bébé, combien de temps j’allais rester en salle de réveil et s’il était possible d’y faire déjà un premier peau à peau, quelle perfusion j’allais recevoir pour le retour en chambre, quel était le protocole de la première levée…  Toutes les questions étaient soumises ET discutées, en une sorte de consensus entre ce qui est réalisable et ce qui était important pour moi. En somme j’avais enfin l’impression d’être partie intégrante de ce jour qui allait être l’un des plus importants de ma vie. De ne pas le subir. De ne pas suivre des injonctions. D’être actrice prenante même en ayant fait le choix d’être passive physiquement. Mon accouchement allait être celui que j’avais imaginé et fantasmé… et même encore en mieux !

M’organiser

Je dois quand même préciser que ma gynécologue a accepté la césarienne parce que j’en avais déjà subi une. Je ne sais pas si on trouve beaucoup en France de praticiens qui l’accepte pour une primipare. Sans lui parler de ma phobie d’avoir un vagin déformé, j’ai surtout invoqué le fait qu’ayant une petite fille, c’est l’idéal côté organisation et c’est vrai ! Rolala, aucune prise de tête, tout est planifié et calibré à la journée près. Pas de rush de dernière minute quand tu perds les eaux à 3h du mat’ un jour de semaine et que tu n’as personne pour faire du baby-sitting d’urgence. J’ai pu préparer ma fille en douceur, en lui expliquant que de telle date à telle date je ne serai pas à la maison, faire l’emploi du temps durant mon absence, organiser les roulements de gardes et les sorties d’école… Avant de partir tranquillement à la maternité, toutes mes machines étaient à jour, mon ménage fait et le congélateur remplit à bloc pour mon retour. L’avantage de savoir avec exactitude le jour d’accouchement et de pouvoir tout planifier sans stress. J’ai même organisé ma mise en beauté jusqu’au bout. La veille j’ai été chez le coiffeur faire un brushing, et même me faire une pause de faux-cils pour être au top sur les photos post-accouchement. On a même eu le droit à notre dernière soirée en amoureux, et nous avons été dans un restaurant romantique à côté de la clinique avec cette impression de savourer le dernier “repas du condamné”. Pendant que nous dinions, nous avons papoté avec d’autres clients et dans la conversation je leur explique que je vais accoucher dans 7h… ils étaient étonnés et amusés. Une femme enceinte jusqu’au cou, totalement décontractée la veille de son accouchement, qui profite de son amoureux et même du super fondant au chocolat, sans contraction… Ce n’est pas commun, non ?

credit-photo-maman-cometecrédit photo : maman comète

Mon côté “people”

Pourquoi la moitié des célébrités sur cette terre a le droit à cette fameuse césarienne et nous, petites gens, nous devons passer par un accouchement conventionnel ? Oui les actrices d’Hollywood et autres célébrités plébiscitent ce type d’accouchement, invoquant l’organisation entre deux dates de tournage. Ok je ne suis pas dans un studio à Los Angeles, mais moi aussi j’ai une vie à gérer et des impératifs tout aussi importants que de donner la réplique à Tom Cruise ! Je suis résolument contre cette inégalité sociale (et financière) qui catégoriserait l’accouchement en deux types. Les grandes de ce monde, à qui on exauce les moindres caprices du moment qu’il y a un chéquier bien fourni, et les autres qui doivent suivre le processus. Disons que oui, j’ai voulu la jouer un peu comme Beckham sur ce coup et ses quatre césariennes programmées, sans que personne n’ai eu à redire. Moi aussi je peux être « posh », sans être diva. Et même si mes copines moquent mon côté « chochotte », ce qui a tendance à me vexer (croyez moi être ouverte en deux ne fait pas de moi une chochotte), elles sont d’accord pour dire que finalement je suis un peu leur Rachida Dati à elles, les louboutins à J+3 en moins !

Ce témoignage n’a pas pour but de vous convaincre que la césarienne est la meilleure option d’accouchement pour vous, loin de là… ce serait même dangereux. L’acte n’a rien d’anodin et doit être mûrement réfléchi. Je tenais à vous expliquer MES propres raisons qui m’ont amenée à ce choix et en quoi VOUS pouvez déculpabiliser si ce même genre de questions vous traversent l’esprit. L’important étant de partager plus d’informations, de transparence lors des rendez-vous médicaux, sans jugement. Plus nous serons de mères parler de la césarienne (de convenance ou d’urgence), plus la parole sera démocratisée, les tabous levés et la culpabilité réduite !  

Dans un prochain article, je vous raconterai comme s’est passée cette fameuse césarienne de convenance / programmée !