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Quel accompagnement après une fausse-couche ?

Par esther
Quel accompagnement après une fausse-couche ?

La fausse-couche concerne 1 femme sur 4 en France et on estime qu’environ 15% des grossesses se terminent précocement. Des chiffres considérables qui ne reflètent pas le niveau de prise en charge, tant médicale que psychologique, de cet événement traumatisant pour les femmes. Natalène Séjourné, docteur en psychopathologie et maître de conférences à l’université Toulouse 2, nous éclaire sur l’importance d’un accompagnement de qualité pour les couples, souvent confrontés à une banalisation de leur souffrance. Deux femmes se confient également sur leur expérience et leur difficile chemin vers la maternité.

La fausse-couche : un deuil à part

Tu en auras d’autres ! Il n’était même pas formé! Mieux vaut maintenant que plus tard 

Ces phrases, et bien d’autres, toutes les femmes qui ont vécu une fausse-couche les ont entendues. Elles illustrent bien la difficulté de ce deuil très particulier qu’est celui d’un enfant à naître, a fortiori quand la fausse-couche est très précoce. Comme le précise Natalène Séjourné : « Il y a une grande différence entre ce qui se passe sur le plan physiologique et la représentation que la femme se faisait déjà de son bébé. » Si à 5 ou 6 semaines de grossesse, le fœtus n’a pas encore d’existence juridique et ne mesure que quelques centimètres, il est pourtant bien réel pour ses parents. Il s’agit alors de faire le deuil d’un espoir et d’un projet. Les femmes expriment généralement une grande culpabilité et vivent la fausse-couche comme un échec qui peut mettre à mal leur confiance en elle.

Un évènement auquel elles réagissent diversement, en fonction de leur caractère mais aussi de leur histoire. Si certaines vont traverser une période très difficile pouvant conduire à une véritable dépression, d’autres vont rapidement être tournées vers l’avenir et l’espoir d’une nouvelle grossesse. Toutes les femmes n’auront pas besoin d’un accompagnement psychologique après une fausse-couche. « On ne peut pas empêcher les femmes d’investir leur grossesse, même si on sait que le risque existe. Il faudrait surtout pouvoir libérer la parole des femmes sur ce sujet » précise Natalène Séjourné, avant de poursuivre : « Combien d’entre elles découvrent seulement au moment de leur fausse-couche que leur meilleure amie ou leur sœur a déjà traversé la même épreuve ! » Mais le tabou de la fausse-couche demeure très fort. Et le personnel soignant est souvent mal armé pour gérer leur aspect psychologique, classant généralement la fausse-couche dans la case du banal accident de parcours sans conséquence. Pour les femmes il est également très important de comprendre ce qui s’est passé sur le plan physiologique : « Les fausses couches sont souvent dues à une anomalie chromosomique ou à un problème au niveau de l’utérus mais les investigations médicales ne commencent réellement qu’après trois fausses couches. Cette incertitude est souvent difficile pour les femmes. Donner une explication peut leur permettre de relativiser, savoir ce qui s’est passé sur le plan biologique est rassurant, même si la peine est là. »

Personnel soignant mal armé face à la souffrance et solitude de la patiente

Il n’existe pas en France de protocole pour l’accompagnement psychologique de la fausse-couche. La prise en charge est très variable d’une structure à l’autre et il est très rare qu’on propose aux femmes un soutien psychologique. Il arrive même qu’elles soient laissées complètement à l’abandon face à leur souffrance, tant physique que psychique. Ce fut le cas pour Cécile, 35 ans, maman de deux jeunes enfants et qui a fait deux fausses couches successives : « On m’a donnée un comprimé de cytotec pour évacuer le fœtus. J’étais chez moi et j’ai commencé à beaucoup saigner, ça a été très violent. Personne ne m’avait prévenu de la manière dont les choses allaient se dérouler. »  Pascale, 40 ans, a quant à elle fait 4 fausses couches avant d’avoir son petit-garçon. Elle décrit le même désengagement du corps médical :

Pour ma première fausse-couche, le gynéco m’a tout de suite fait comprendre que c’était banal. Il m’a juste prescrit du cytotec et m’a renvoyé chez moi. La douleur physique était atroce mais j’ai senti que pour lui il n’y avait pas lieu d’en faire tout un plat.

Natalène Séjourné confirme : « Les médecins ne sont pas armés pour répondre à la souffrance des femmes et bien souvent ils ne la mesurent même pas. » Durant son parcours difficile, sa première fausse-couche s’étant finalement terminée au bloc opératoire après une hémorragie, Cécile a beaucoup souffert de ce manque de considération: «On m’a opérée en urgence, sans rien m’expliquer. J’ai eu très peur. En salle de réveil, un infirmier m’a prêtée son téléphone pour que je puisse appeler mon mari. Il est le seul à avoir faire preuve d’humanité dans cet univers inhumain. » Pascale confirme :

Lors de ma troisième fausse-couche, le médecin m’a juste dit ‘Rassurez-vous, il n’y a que les femmes fertiles qui font des fausses-couches’. Pour lui il s’agissait ni plus ni moins de statistiques. 

Pascale se souvient s’être sentie très seule face à sa souffrance, jusqu’à sa rencontre avec un médecin qui a su l’écouter et la rassurer : « Ce n’est qu’après ma troisième fausse-couche que mon nouveau gynécologue m’a poussé à faire des examens. C’est à ce moment-là qu’on a découvert que je souffrais d’endométriose, après avoir suspecté un cancer de l’utérus. Pendant des années on m’avait dit ‘C’est normal d’avoir mal pendant les règles, personne ne m’écoutait… A ce moment-là, et après un tel parcours, je crois que je n’étais plus prête du tout à recommencer. Mais mon gynéco a su trouver les mots, il m’a dit ‘On va y arriver !’ »

Prendre en considération la douleur des hommes

Les hommes sont parfois désemparés face à la douleur de leur compagne. Ils ne vivent pas la perte de la même manière. Ce fut le cas du mari de Cécile : « Ça a été très compliqué. Il était désolé évidemment mais c’était très abstrait pour lui. Il y avait moins d’engagement émotionnel et il ne pouvait pas vivre cette perte de la même manière que moi. J’avais besoin qu’il respecte ma douleur. » Entre Pascale et son compagnon, ces 4 fausses couches ont été très difficiles à vivre : « Il ne pouvait pas comprendre ce que je vivais mais je sais qu’il en souffrait énormément. De mon côté, je culpabilisais de ne pas être capable de lui donner un enfant. » Il est important de ne pas rompre la communication et que chacun puisse exprimer ce qu’il ressent, même si ce ressenti est forcément différent entre une femme qui vit une perte dans sa chair et un homme pour qui cette grossesse n’a aucune réalité concrète.

Comment et où trouver de l’aide ?

Dans le cadre de sa thèse, Natalène Séjourné a mené une expérience auprès de femmes ayant subi des fausses-couches et à qui elle a proposé un accompagnement psychologique précoce : « J’ai toujours été bien accueillie et j’ai constaté que les femmes étaient très demandeuses. Elles souhaitaient que leur histoire singulière soit considérée et leur souffrance prise en compte. Même si j’ai observé qu’elles faisaient rarement la démarche d’elles-mêmes ». Cécile et Pascale ont pourtant toutes les deux fini par consulter. Cécile raconte : « J’ai rencontré un psy à plusieurs reprises après ma première fausse-couche mais ça ne m’a pas vraiment aidé. J’ai finalement contacté l’association AGAPA qui est spécialisée dans le deuil périnatal. Ces rencontres de groupe ont été un choc, me confronter à d’autres histoires que la mienne s’est révélé très bénéfique.» Si en parler avec des amies est important, il arrive que l’échange soit plus constructif avec des personnes étrangères : « Les amies sont présentes mais au bout d’un moment on se dit qu’on va les déranger. En parler avec des personnes qui sont là pour ça c’est très différent. » Cécile a donc fait plusieurs séances avec une « écoutante » formée par l’association :

Je l’appelle ou lui envoie un sms quand j’en ai besoin. Elle est très humaine et me dit ce que j’aurais aimé entendre des médecins… Ces discussions sont une réflexion sur soi-même, mon passé, mes envies. Cela m’a permis de reprendre confiance en moi, en mon corps mais aussi dans mon couple.

Difficile pour l’entourage de trouver les mots. Natalène Séjourné conseille d’être là, tout simplement : « Il faut proposer son aide mais ne pas se sentir obligé de dire quelque chose. Parfois, dire ‘Je ne sais pas quoi te dire’ permet d’ouvrir la discussion. Le plus important est de ne pas minimiser la souffrance de l’autre. » Comme le dit très bien Pascale : « Une fausse-couche c’est commun, mais pas banal ! » Pour elle, le chemin a été très long, de sa première fausse-couche en 2009 à la naissance de son fils en décembre 2012. Ces années ont été émaillé d’échecs et de périodes de découragement. La psychothérapie qu’elle a entamée auprès d’une thérapeute systémique spécialiste du deuil périnatal, avec son compagnon mais aussi seule, l’a énormément aidé : « Les autres ne comprenaient pas ce que je vivais, la violence de ces échecs successifs. C’est un deuil impalpable… Dans ma tête j’ai un enfant, mais il y en a eu 4 avant. Pour me délivrer, ma psy m’a conseillé de nommer ces bébés. Elle m’a dit : ‘Vous les avez désiré, il faut donner une réalité à ces vies’. Je n’étais pas convaincue du tout mais en réalité ça m’a beaucoup aidé. J’ai lâché 4 ballons en haut d’une montagne, je suis allée au bout de cette histoire et c’est ça qui m’a permis de me relancer dans une 5ème grossesse. »

La grossesse d’après

Après une fausse-couche, les femmes sont généralement plus anxieuses. Elles gardent en tête ce risque et peinent parfois à profiter de leur grossesse, surtout si elle succède à plusieurs échecs. Ce fut le cas pour Pascale : « Dès que le test est positif, même si tu t’empêches de trop te projeter tu te dis que cette fois ça va marcher… Ma grossesse n’a pas du tout été sereine. On a essayé de passer de bons moments mais j’étais dans une angoisse permanente. » Mais elle a donné naissance 9 mois plus tard à ce bébé tant attendu et espéré, un petit garçon en pleine forme qui aura bientôt 5 ans.

En discutant avec nos amies, mères, cousines, sœurs, on réalise que les fausses couches sont très fréquentes. Pour une grande majorité des femmes, cette perte précoce est une étape vers la maternité. Un chemin parfois douloureux, où l’on peut ressentir frustration et découragement, mais qui mène dans la grande majorité des cas à une fin heureuse. Un bébé, puis son petit frère, une petite sœur et parfois même toute une tribu !

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1 Commentaire

  1. merci d’en parler….

    C’est si difficile de le vivre et surtout d’en faire son deuil….

    Mélodie

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