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Prévenir et traiter le syndrôme de la tête plate chez le bébé

Par Karima Peyronie
Prévenir et traiter le syndrôme de la tête plate chez le bébé

La plagiocéphalie ou le syndrome de la tête plate a augmenté de 50% en 20 ans ! Comment expliquer ce phénomène et ses dangers ? La tête plate est-elle une préoccupation purement esthétique ou symptomatique ? Les docteurs Bernadette de Gasquet et Thierry Marck ont écrit un ouvrage sur la question « Mon bébé n’aura pas la tête plate » (aux éditions Albin Michel). Petit tour de la question, sans prise de tête.

Avant de rentrer dans le vif du sujet avec un jargon médical plus ou moins alarmiste, il convient déjà de comprendre l’origine de ce nouveau « mal » qui touche nos petits bouts. Les deux spécialistes n’hésitent pas à parler de véritable épidémie en la matière et tiennent pour responsable les autorités de santé.

Il faut comprendre que le fait de mettre les bébés sur le dos pour le coucher résultait d’une recommandation qui devait éviter la MSN (mort subite du nourrisson). Le nombre de morts infantiles non expliquées avait explosé dans les années 80 dans les pays occidentaux. Après des études menées dans les pays concernés (France, USA, Angleterre…), les médecins se rendent compte que le dénominateur commun était le fait que les nourrissons se soient endormis pour la plupart sur le ventre. Or cette position avait elle-même était préconisée pour soi-disant stimuler l’éveil du jeune nourrisson et améliorer son oxygénation (un non-sens quand on y pense !). En réalité, c’est grâce à la mobilité des nourrissons dans leur lit, qu’ils rencontraient des obstacles à l’étouffement (creux, oreiller, un tissu mou…).

Bref changement de cap alors pour les comités de médecins qui se rendent compte de leur grosse bourde et qui du coup effectuent un virage à 180°, en demandant de mettre cette fois les bébés sur le dos et ainsi éviter les MSN. Et ça a marché ! Puisque depuis 1992, les courbes de MSN sont en chute libre, atteignant finalement en 2011, 189 cas en France. Une victoire à demi-teinte, car si le fait de coucher les bébés sur le ventre a permis d’éviter de nombreuses morts, le coucher sur le dos a fait exploser le nombre de plagiocéphalie… C’est le serpent qui se mord la queue ?

Qu’est-ce que la plagiocéphalie ?

La plagiocéphalie, est une déformation du crâne des nourrissons qui se caractérise par un aplatissement d’un côté, souvent associé à une proéminence du front du même côté. Cette déformation n’est plus exceptionnelle aujourd’hui et concernerait un tiers des bébés. Il en existe deux types :

  • la plagiocéphalie « synostosique », une déformation crânienne pathologique rare,  qui représente 1 cas pour 2 500 naissances. Elle est le résultat d’une fermeture précoce des sutures (espace entre les plaques osseuses restreint) et les fontanelles. Cette fermeture peut alors provoquer des retards psychomoteurs et/ou des troubles du comportement chez l’enfant.
  • la plagiocéphalie « fonctionnelle », une déformation bénigne de la tête d’origine positionnelle, est la plus fréquente. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : la position du fœtus durant la grossesse, le stress prénatal et les contractions, certaines pratiques d’accouchement comme le recours aux spatules, ventouses et forceps… Le plus souvent le nouveau-né présente un torticolis congénital qui ne se détecte pas tout de suite, mais qui se vérifie lorsque l’on s’aperçoit qu’il a une difficulté à tourner la tête d’un certain côté ou qu’il se couche toujours de la même façon. Alors durant la croissance du squelette, l’os va être stimulé que dans un même sens, d’où cette malformation.  Dans ce cas, ce n’est pas une maladie grave, mais il faut qu’elle soit prise en charge le plus tôt possible pour éviter des effets secondaires.

Quelles sont les conséquences ?

La tête du nouveau-né qui pèse 20% du poids du corps et mesure le quart de la taille va ainsi grossir de manière très rapide pendant les six premiers mois, et en particulier au cours des trois premiers. En cas de plagiocephalie ce développement naturel est dévié et les influx nerveux n’ont plus la même vitesse d’action à droite et à gauche, on suspecte alors légitimement que cela puisse perturber la coordination dans l’interprétation des données neurosensorielles. Une étude publiée en 2013 dans la revue Pediatrics mettait alors en avant que les enfants avec antécédents de plagiocéphalie ont toujours à l’âge de trois ans des scores inférieurs aux tests de performance par rapport à ceux n’ayant pas de déformation du crâne, notamment pour le langage et le développement cognitif.

Par effet domino, très souvent les parents pensent venir consulter pour d’autres syndromes comme le reflux gastriques ou des troubles ORL, alors qu’il s’agit des effets collatéraux du syndrome de la tête plate. Ceci s’explique par le fait qu’il existe des liens nerveux reliés à la fois au crâne, aux épaules et au clapet du tube digestif. Le fait d’avoir la tête toujours tournée d’un côté favorise alors l’ouverture du clapet et entraine des reflux. Enfin, sur le moyen / long terme la plagiocéphalie peut ralentir certaines acquisitions du développement psychomoteur telles que la position assise, l’acquisition de la marche, puis, plus tard certains apprentissages comme la lecture, ou la survenue d’un langage dyslexique.

Outre l’aspect médical, la plagiocéphalie présente aussi une gêne esthétique puisque la croissance du crâne ne se fera que d’un côté. Cette malformation sera plus ou moins visible à l’âge adulte, et peut-être camouflée par la chevelure (gare à la calvitie !).

Comment traiter cette malformation ?

Dans le cas de la plagiocéphalie pathologique, le dépistage doit être réalisé dès la naissance, pour être traité par un neurochirurgien qui préconisera une reconstruction ou un redressement des voûtes selon indications, avant l’âge de trois mois (avec éventuellement le port d’un casque pendant quelques mois). Pour la plagiocéphalie fonctionnelle, il faudra plusieurs séances chez un ostéopathe néonatal. Ce dernier corrige les déformations et assure la mobilité entre les plaques osseuses du crâne. Cette manipulation permet de stimuler la circulation afin d’optimiser la croissance réciproque du crâne et du cerveau. Si la malformation ou les torticolis persistent, un examen complémentaire doit alors être réalisé. Dès la première séance, il y a un réel soulagement pour le bébé, grâce au relâchement des tensions provoquées par le torticolis ; alors le sommeil et les problèmes liés à la nutrition sont vite améliorés.

La solution : le dodo sur le côté, par Bernadette De Gasquet

« Dans les sociétés traditionnelles, les enfants sont couchés sur le côté, calés avec des serviettes de toilette roulées. » Et oui, comme c’est souvent le cas, il suffit juste de s’interroger sur ce qu’il se faisait « avant » et dans les civilisations ancestrales. A l’époque, il n’avait pas besoin de grands manuels pour appliquer le bon sens qui consiste juste à respecter la physiologie de l’être humain.

On change alors de côté après chaque tétée. En Corée, les bébés sont même couchés sur le côté droit après la tétée pendant une heure, car l’estomac est à gauche et sa compression favorise le reflux. Le thorax du bébé est très « mou », les cotes sont presque horizontales. Il faut donc éviter que la pression s’exerce toujours au même endroit. Sur le côté, la tête est dans le prolongement du corps. Inutile de tourner, de faire tordre le cou. L’appui est très faible et sera changé régulièrement.

Cette position naturelle et spontanée permet au nourrisson un confort physiologique et une plus grande surface d’appui.

Quelques recommandations au quotidien

Votre jeune enfant ne fait pas que dormir, alors de manière générale, voici comment stimuler la rotation naturelle de votre enfant en douceur :

  • Le mettre sur le ventre pas longtemps selon sa patience mais plusieurs fois par jour, pour aider l’enfant à relever sa tête naturellement.
  • Lors des tétées, donnez-lui le biberon en changeant de côté, et variez les positions lorsque vous le portez.
  • Limitez l’utilisation du cosy pour les déplacements ou lorsque vous ne pouvez pas le surveiller.
  • Lorsqu’il est sur le tapis d’éveil, stimulez l’utilisation de ses bras et de ses jambes de façon symétrique et variez les positions (sur le dos, sur le ventre, sur le côté).
  • Incitez-le à regarder dans la position opposée à sa malformation (si elle est déjà installée) en proposant des sources de lumière et de bruit près de son berceau à droite ou à gauche.
  • Ne stimulez pas trop tôt la position debout, attendez qu’il puisse le faire lui-même.

L’importance d’une literie adaptée

La seule recommandation valable pour nos deux spécialistes est l’exigence d’une literie adaptée à votre enfant à partir de matériaux mous, et non rigides comme nos matelas d’adulte. Avec l’impératif de n’avoir aucun obstacle dans le lit (peluche, oreiller, tour de lit…) qui puisse être un danger d’étouffement. Pour eux, tous les autres matériels de puériculture estampillés « anti-tête plate » ne sont que de purs produits marketing qui, au mieux ne servent à rien, et au pire peuvent aggraver le problème. Ainsi les matelas « cocoonants » ou à mémoire de forme enfoncent plus facilement la tête du bébé et empêchent le bébé de bouger naturellement. Les cale-tête réducteurs seraient aussi à proscrire car ils limitent la rotation de la tête et risque de la fixer, ce qui est une source future d’aplatissement ou d’asymétrie. Mêmes arguments pour l’utilisation trop prolongée des cosys et des transats surtout s’ils sont constitués de matériaux solides.

Mon-bebe-n-aura-pas-la-tete-plateEn résumé, les Mum-to-be, on ne s’angoisse pas et on ne se ruine pas : placez autant que possible votre bébé sur les côtés, sans vous encombrer de matériels présupposés ingénieux. Revenez au plus simple, et continuez de couver sa petite tête de vos tendres baisers !

Merci aux Dr Thierry Marck et Bernadette de Gasquet pour leurs conseils.

Ne manquez pas le prochain atelier du vendredi 23 septembre à L’Institut de Gasquet (Paris 14e) sur la prévention des gestes d’urgence de 18h à 20h, lors duquel le pédiatre évoquera la plagiocéphalie.

 

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2 Commentaires

  1. Je me permets de partager ici un post que j’avais écrit sur le sujet sur Instagram… Je n’arrive à copier que le début du texte. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, je vous invite àmecontacter via IG.
    *Et si on parlait plagiocéphalie ou plus communément déformation crânienne avec l’arrière du crâne aplati sur un côté ? Mon petit chat vient de finir sa dernière séance de kiné pour corriger la sienne. Elle couronne 5 mois de séances kiné/ostéo, 4 mois dans un coussin spécial pour dormir et une méfiance encore plus grande vis-à-vis des médecins. Dès les premières semaines de Vadim, je sens que quelque chose cloche au niveau de son crâne. Un côté qui va de la tempe à l’arrière me semble plutôt plat. Je mets en place de petites stratégies, le couche de façon à ce que les sollicitations lui fassent tourner la tête de l’autre côté, le porte de manière à ce que sa tête ne s’appuie dessus… Notre pédiatre étant partie à la retraite, je me tourne pour la première visite vers un nouveau médecin qui devait alors devenir celui de famille. Devait… Pour elle, rien d’inquiétant. La croissance aidant cela se remettra en place. Confiante je retourne dans mes pénates pour revenir à la visite du mois suivant de nouveau inquiète face à cette déformation qui semble s’accentuer mais que je semble être la seule à voir. Ni le papa, les grands-mères ou ceux avec qui j’évoque le problème ne comprennent mon inquiétude. Et le médecin non plus cette fois encore. On met ça sur le compte de mon angoisse chronique. Oui, je suis de ces mamans qui voient souvent des dangers où il n’y en a pas forcément, qui préfèrent prévenir que guérir, qui s’angoissent donc pour un rien… Mais là, ma confiance commence sérieusement à s’émousser et je pars sur le net à la recherche d’infos sur les têtes plates. Au grand dam de Nicolas pour qui ce genre d’attitude ne peut être qu’anxiogène, Internet regorgeant de cas extrêmes. Effectivement ce que j’y trouve m’angoisse encore davantage. Il est fait mention d’enfants dont le crâne ne retrouve jamais sa forme normale développant des problèmes de vue, d’audition, psycho-moteurs, du comportement…, d’enfants devant porter des casques remodelants conçus uniquement à Lyon et avoisinant les 6 000 euros. Je retourne chez le doc et lui demande de prescrire manu militari des séances de kiné. Elle s’exécute mollement.*

    Solamandco
  2. Je voulais partager mon avis de Maman ayant fait porter un casque à ma fille. J’ai eu la chance d’avoir une amie dont le bébé avait eu le même problème 3 mois avant, j’avais donc eu la facilité d’avoir eu le terrain déblayé pour moi, elle avait fait des recherches, trouvé l’excellent Dr Marck et j’avais pu voir que son fils avait eu les bénéfices rapides d’un tel traitement.

    Ma fille a porté son casque à l’age de 5 mois, son crane était tellement plat que nous pensions que le temps pour revenir à la normal allait être long et laborieux. Et au final le temps est allé très vite, et dès 1mois et demi de casque, son crane reprenait forme. Les risques de scoliose et de problème d’otites à répétition s’écartaient. Elle ne l’aura gardé au final que 3 mois.

    Son casque était décoré, et était même devenu un élément de mode. La contrainte de le mettre était à peu près similaire à la contrainte de mettre des chaussures. Ce n’est pas naturel, mais au final, ca fait parti du quotidien.

    Je n’ai pas impliqué ma pédiatre dans le process, de peur de subir des réprimandes comme j’en avais par les gens autour de moi ayant un avis mais aucune connaissance médicale. Au final lors d’une visite médicale, ma fille portait son casque, je m’étais préparée à défendre ma position, et ma pédiatre n’a fait aucune réflexion, elle a au contraire été bienveillante en accord avec notre décision.

    Je suis très heureuse d’avoir pris la décision de suivre l’avis médical de Dr Marck et d’avoir fait porter un casque à ma fille, et quand je revois les photos d’elle plus jeune je me demande comment j’ai pu douter de l’utilité d’un tel traitement.

    La prochaine étape qui pourrait être positive serait d’avoir une prise en charge par la sécurité sociale.

    Cécile

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