Communiquer avec le langage des signes n’est pas une chose commune lorsque vous n’êtes pas malentendants… Nos parents ou grands-parents ne s’étaient pas forcément posés ce genre de question dans notre éducation.

Soit. Mais avec l’arrivée du maternage et de techniques toujours plus approfondies pour accroitre la relation parents-enfants, cette méthode est apparue et se démocratise de plus en plus. Alors pourquoi ne pas essayer, si au final, vous apportez du relief dans votre interaction avec votre bébé ?

Pour la petite histoire, la langue des signes pour bébé (LSB) est apparue à la fin des années 1970, par Joseph Garcia, un chercheur américain qui remarque que les enfants entendants de ses amis sourds communiquent entre eux plus tôt que les autres grâce à des signes. Il en fait le sujet de sa thèse et développe le programme Sign2me à partir de la langue des signes américaine.

Parallèlement, à la même époque, deux chercheuses de l’université de Californie, Linda Acredolo et Susan Goodwyn, mettent au point Baby Signs, un système de signes simplifiés permettant aux bébés de communiquer facilement avec leur entourage.

Ces trois chercheurs s’accordent sur le fait que les enfants signeurs développent leurs capacités de communication mais aussi cognitives plus rapidement que leurs pairs non-signeurs. Cependant leur méthode d’apprentissage est différente, puisque Joseph Garcia préconise l’apprentissage de la langue des signes conventionnelle (LSF en France), tandis que les mamans-chercheuses préfèrent une version simplifiée pour une meilleure interaction avec l’entourage.

La langue des signes pour bébé n’arrive en France que 10 ans plus tard, par le biais des premiers livres et associations militant pour sa reconnaissance, notamment via le travail de Nathanaëlle Bouhier-Charles et Monica Companys avec leur ouvrage « Signe avec moi » (paru en 2006).

Aujourd’hui de plus en plus de crèches aux méthodes alternatives incorporent le langage des signes pour bébé dans leurs méthodes d’apprentissage. Et les parents découvrent les bienfaits de la méthode sans contrainte, mais comme une façon supplémentaire de communiquer avec bébé, dans un esprit ludique et stimulant.

On signe sans en avoir l’air

Pas besoin d’être un expert en langage des signes pour communiquer avec les mains. De façon totalement inconsciente vous le faites déjà et vous transmettez certains gestes à votre bébé. Ainsi quand vous lui dites au revoir (la main qui salue), quand vous quémandez un câlin (les mains tendues vers bébé), vous envoyez un bisou ou que vous faites les marionnettes (ça fait tellement rire les bébés!), vous mimez déjà sans en voir l’air.

Finalement en utilisant une technique d’apprentissage un peu plus approfondie, vous pourrez aller encore plus loin dans la communication, et sans forcément attendre que votre bébé baragouine ses premiers mots (vers 10 mois).

L’intérêt du LDS (Langage Des signes) pour votre enfant

Comme l’explique Nathanaëlle Bouhier-Charles, dans son dernier ouvrage « Communiquer par signes avec bébé » (aux Editions Jouvence) :

le fait que l’enfant qui signe puisse prendre l’initiative de la conversation et l’orienter appelle encore plus de mots, d’échanges autour du langage et de l’oral.

On comprend alors que le langage des signes n’est pas une barrière contre le langage oral mais au contraire, va permettre d’enrichir la communication verbale. Les signes développent d’autres facultés et font appel à des mécanismes spécifiques qui vont élargir les possibilités. De plus, des études ont montré que l’utilisation des signes permet de mieux se faire comprendre, réduisent les frustrations chez les bébés et les parents, et ont un impact favorable sur le lien parent-enfant. Elles ont aussi révélé que les bébés « signeurs » apprennent à parler plus tôt et quand ils se mettent à parler, ils ont un vocabulaire plus large et précis, ils font des phrases plus longues et sont plus sûrs d’eux dans l’expression. Ainsi, votre enfant sera moins agacé de ne pas se faire comprendre, il gagnera en sérénité et en confiance. Tandis que vous gagnerez aussi en énergie et serez fière de comprendre et décrypter ses attentes plus rapidement, sans passer par des épisodes de pleurs longs et fatiguants. De nombreux bénéfices sont avérés sur le développement cognitif, émotionnel et du langage de l’enfant.

Enfin, l’un des points les plus essentiels est aussi la faculté de pouvoir communiquer avec tout l’entourage par-delà les différences linguistiques, pratique lorsque les membres de son entourage ne parlent pas tous la même langue.

En résumé le LDS ou LSB cumule les bons points, sans pouvoir citer une seule contre-indication :

  1. Les parents et bébé sont plus zen car moins frustrés devant les épisodes de colères et de pleurs : ils se comprennent davantage. Un bébé qui a faim va mimer le biberon, tout comme il indiquera sa couche pour qu’on le change.
  2. La communication entre parents et bébé est améliorée : ce lien privilégié peut même continuer au-delà de la petite enfance, puisque vous maîtriserez à la maison un langage compris de vous seuls. Comme une langue étrangère qui tisse le lien familial.
  3. En famille, à la crèche ou avec la nounou, la LSB est une activité constructive et ludique, qui enrichit tous ceux qui la pratiquent.
  4. Acteur de sa communication, bébé acquiert de la confiance en lui, et sera plus à même de se lancer plus tard dans les mécanismes d’apprentissages des langues étrangères.
  5. Et aussi paradoxale soit-il, bébé acquiert le goût de la communication, ce qui va l’encourager à prendre plus vite la parole
A partir de quel âge ?

« Il n’y a pas de meilleur moment que « maintenant » pour commencer à signer. Si vous en avez envie, que vous êtes prêt, pourquoi attendre ? Allez-y ! Vous n’attendez pas que votre enfant babille pour parler avec lui, vous lui parlez bien avant qu’il ne fasse ses premières vocalises, n’est-ce pas ? » développe  Nathanaëlle Bouhier-Charles.

Même s’il faudra attendre une maturité de sa précision de gestes et une coordination des mains, à partir de 6 mois. Il faudra attendre les 8 mois pour apprécier les premiers signes. Vers 17 et 24 mois, l’enfant abandonne naturellement les signes des mots qu’il sait prononcer et ne conserve que ceux des mots les plus complexes.

Comment commencer ?

Il y a de fortes chances que vous ne maîtrisiez pas vous-même le LDS ou le LSB. Commencez simplement via des livres ou des sites dédiés. Vous apprendrez avec votre enfant qui prendra son temps dans l’assimilation. Au début vous utiliserez une palette d’une dizaine de signes simples qui correspondent aux besoins primaires (boire, manger, biberon, couche…), aux premières activités à la maison (ballon, jouer… ) ou sensations (chaud, malade…). Puis lorsque vous serez de plus en plus à l’aise vous pourrez élargir le vocabulaire en introduisant des notions autour du monde alentour (les couleurs, les animaux…), puis la politesse et les relations aux autres (content, parler s’il te plait…)

Plusieurs stades sont à noter : la phase d’observation, la découverte des mains (il explore ses capacités), la phase d’ébauches (les premiers signes un peu flous), les premiers signes (il imite ceux que vous lui faites), la phase d’indices (les signes qui permettent de comprendre les premiers mots, par exemple : mimer le signe du brossage des dents pour dire qu’il a mal aux dents), phase de combinaison des signes, phase de la parole (progressivement les mots accompagnent les signes, puis les replacent).Une nouvelle complicité se tissera autour de cette méthode de communication, que vous pourrez conserver même plus tard.

Pour s’initier facilement…

Lingueo.fr dispense des cours particuliers de langue en ligne, c’est le seul organisme permettant de l’apprendre par webcam. Il propose aussi un livre simple « Communiquer avec bébé Les 50 signes qui vont changer votre quotidien » disponible notamment sur www.communiqueravecbebe.com. Plus d’infos sur FB : LangueDesSignesPourBebe

Les ateliers Bébés-signeurs : Christel, la fondatrice de Mum-to-be Party, a participé avec son fils à un atelier en 2013. Autour de jeux, de chants et de comptines, la communication par les signes a pris forme et a réussi à capter l’attention. On ressort de cet atelier avec l’envie d’aller plus loin, notamment avec le livre + le DVD tout simple “Les P’tits signes“. A noter que vous trouverez sur ce site le contact d’animatrices dans toute la France.

 Le témoignage d’une maman « signeuse », Nora, 34 ans

J’ai introduit le langage des signes pour ma deuxième fille, car je ne connaissais pas la méthode avant. Lorsque ma fille, Jade est née, l’ainée avait 5 ans, et je sentais que les choses allaient être compliquées, car nous étions très fusionnelles. Je me suis dit qu’en utilisant ce système de langage, la grande allait pouvoir interagir dans la communication aussi et jouer son rôle de grande sœur de façon beaucoup plus active. Moi, d’instinct, j’allais comprendre les besoins de mon bébé, mais quand était-il de sa sœur ? Et puis c’était aussi une manière très décalée et ludique de préparer l’arrivée de Jade pendant la grossesse : nous allions apprendre ensemble à communiquer avec le bébé ! C’était un jeu et Anaïs était très excitée à l’idée de transmettre tout son vocabulaire non-verbale. J’imprimais des signes trouvés sur internet et nous jouions au quizz avant d’aller dormir. Si bien qu’à la naissance de Jade, Anaïs lui a signé « bienvenue » et « je t’aime »… J’en avais les larmes aux yeux…

Cette communication sans mot apporte beaucoup de douceur et apaise les esprits je trouve. Aujourd’hui Jade à 13 mois et nous continuons tous ensemble ce jeu, ça nous amuse surtout lorsque nous sommes à l’extérieur. Les gens nous regardent bizarrement mais nous nous sentons liées, comme dans notre bulle. Jade est une petite fille très vive et elle a déjà pas mal de vocabulaire pour son âge, beaucoup plus qu’Anaïs à la même époque. Est-ce grâce au LDS ? Je ne sais pas. Mais une chose est sûre, ça ne l’a pas du tout retardé!

Alors les M2b, êtes-vous convaincue par cette méthode ? Seriez-vous tentée ? Ou connaissez-vous des gens autour de vous qui ont utilisé le langage des signes ? N’hésitez pas à communiquer… par clavier… entre nous !