Rentrée scolaire imminente rime aussi avec retour à la cantine où un élève sur deux en primaire y prend son repas le midi. Si certains ont droit à de bons petits plats mitonnés par un chef dans des cantines intégrées, d’autres doivent se contenter d’épinards en boîte et de steaks hachés surgelés qui ont fait la mauvaise réputation de certaines restaurations collectives.

Partout en France, des parents cherchent à comprendre ce qui se retrouve dans l’assiette de leur enfants, formant des collectifs et demandant des explications aux Mairies. Les enjeux économiques sont réels, mais celui de la santé l’est encore plus. Des études attestent d’une explosion de diabète en France chez les enfants de moins de 4 ans (source Figaro Santé). Bonne nouvelle : un livre sort ce mois sur les coulisses des cantines scolaires pour vous donner, à vous aussi, les moyens d’agir à votre niveau, si ce n’est déjà en réduisant l’apport glycémique des petit-déjeuners et goûters pour compenser !

Quelles sont les futures transformations des cantines scolaires ?

L’Assemblée Nationale a adopté en mai 2018, après de nombreuses heures de débats, un article de loi qui obligera dès 2022 les cantines à servir au moins 50% de produits issus de l’agriculture biologique ou tenant compte de l’environnement (écolabel pêche ou autres certifications environnementales). La part des produits bio devra atteindre au moins 20 % de la valeur totale. Jusqu’alors, ils étaient déjà présents mais en très faibles quantités.  Le bio ne représente aujourd’hui que 6 % de la surface agricole utile de la France, l’objectif étant de passer à 15 % à l’horizon 2022.

Aujourd’hui, de plus en plus de cantines proposent à leurs élèves des repas composés en partie d’aliments issus de l’agriculture biologique, plus chers, mais aussi plus respectueux de l’environnement et meilleurs pour la santé aux dires de leurs défenseurs. Il faut savoir que les menus et les prix diffèrent fortement d’une cantine à l’autre car ce service facultatif est assuré par les mairies pour les écoles primaires, les départements pour les collèges et les régions pour les lycées. Chacun fait donc selon son budget et ses convictions, en veillant à respecter les normes en matière de nutrition et de sécurité alimentaire.

credit-photo-pixabay-cantine-biocrédit photo : Pixabay

Des parents du 18ème précurseurs de la transformation des cantines scolaires

La qualité des repas servis à la cantine vous rappelle peut-être de mauvais souvenirs de votre enfance…. Constatant que nos enfants continuent de se plaindre de leurs repas mais aussi d’avoir faim, des parents ont décidé d’agir.  Ainsi dans le 18eme arrondissement de Paris, des parents d’élèves ont créé un collectif « Les enfants du 18 mangent ça » qui dénonce les cantines scolaires peu ragoûtantes, le recours aux produits transformés, les sucres cachés, le sel, les additifs alimentaires et colorants…et infine des plats dépourvus de nutriments. Ils sont allés visiter régulièrement la cantine (moyennant le prix du repas, c’est possible) et ont pris des photos des repas servis, pouvant ainsi les confronter au menu. Les parents ont également demander à obtenir la fiche technique des plats à la caisse des écoles. Et c’est là où le bât blesse, car vous découvrez l’étendue de la “supercherie” : des produits transformés riches en sucre, en amidon et additifs. Le hic, c’est qu’il existe bien des recommandations sur la qualité nutritionnelle des repas, faites par l’industrie…pour l’industrie (le groupement GEMRCN) et réalisé par des nutritionnistes qui ne sont pas indépendants ! La quantité des repas n’est par exemple pas adaptée selon l’âge et les besoins des enfants : qu’il soit en maternelle ou en CM2, il mangera la même chose !

Une pétition a été lancée sur chance.org avec plus de 7000 signatures recueillies. Pour ces parents, cette qualité médiocre de l’offre est liée au fait que le 18ème arrondissement a choisi un délégataire de service public pour préparer, livrer et distribuer les 14000 repas quotidiens de tout l’arrondissement. Tous les repas sont cuisinés dans une unique cuisine centrale, en “liaison froide” (vs. une liaison chaude, où les repas sont préparés le matin pour être servis dans la foulée).  Un nouveau prestataire devait être mandaté en juillet par la mairie pour la prochaine année scolaire. Avec son action, le collectif espérait bien peser dans la future décision de la mairie…qui a décidé pour la 18ème année consécutive de renouveler sa confiance à la filiale de Sodexo. Ils sont néanmoins parvenus à obtenir l’éviction des manchons de poulet, de fraises tagada (?!) ou de yaourts sucrés au menu…

Le saviez-vous ?

Les cantines du 18ème arrondissement fonctionnent en LIAISON FROIDE :
> le repas du lundi est produit à J-4 (soit le jeudi de la semaine précédente)
> le repas du mardi est produit à J-4 (soit le vendredi de la semaine précédente)
> le repas du mercredi est produit à J-2 (soit le lundi)
> le repas du jeudi est produit à J-2 (soit le mardi)
> le repas du vendredi est produit à J-2 (soit le mercredi)

Les repas, une fois produits, sont refroidis dans des barquettes en plastique, souvent stabilisés avec du sucre et sont ensuite conservés à 3° pendant 2 à 4 jours.

Ils sont alors réchauffés à 63° dans ces mêmes barquettes en plastique avant d’être servis à nos enfants.

Source : lesenfantsdu18mangentca

On accuse souvent l’agriculture biologique d’être trop onéreuse et donc incompatible avec la restauration collective. Si le surcoût est bien réel, il se justifie car l’aliment biologique est un aliment de qualité, qui nécessite davantage de main-d’œuvre pour un rendement à l’hectare inférieur. N’oublions pas non plus que les agriculteurs bio perçoivent moins de subventions que les autres. Toutefois, le collectif de parents le rappelle : le bio indiqué sur le menu de votre cantine, cela veut tout et rien dire à la fois. Il n’a aucun sens sur le plan nutritionnel si il est transformé et réchauffé dans une barquette en plastique ! Le collectif de parents bordelais “Cantine sans plastique” alerte sur l’omniprésence du plastique et ses dangers (lire l’article dans La Tribune)

Ce débat permet aux parents de changer leur regard sur les cantines qui ne sont pas que de simples lieux destinés à nourrir nos enfants, elles sont bien plus que cela. Ne doivent-elles pas tendre plus à devenir des lieux de plaisir, d’échange, de découvertes et de développement environnemental, économique et social ? Le collectif du 18ème ne baisse pas les bras et le regroupement, c’est l’avenir pour faire entendre nos voix.

Le petit conseil lecture Mum-to-be Party

Si ce sujet vous interpelle, je vous recommande la lecture du livre de Sandra Franrenet intitulé « Le livre noir des cantines scolaires », qui sort en septembre 2018 aux Editions Leducs. Un guide à destination des parents pour leur donner les clés de décryptage et de compréhension de la cantine de leurs enfants, et ainsi, à l’image du collectif formé, leur permettre d’agir auprès des collectivités. L’auteur, maman et journaliste, a nourri son livre de multitude d’entretiens avec des experts.

Après le bio, quid du menu végétarien dans les cantines ? Moins de viande, moins de protéines animales pour nos enfants qui en mangeraient 2 fois trop (voir infographie Greenpeace ci-dessus), plus d’économies, un enjeu déjà embrassé par certaines communes du Nord en cette rentrée scolaire. A suivre !