Allaiter son enfant est la façon la plus naturelle de le nourrir mais pas forcément la plus évidente. Alors que certaines y arrivent dès le premier jour, d’autres rencontrent des difficultés telles qu’elles ne parviennent pas à instaurer l’allaitement qu’elles voudraient. C’est ce qui m’est arrivé, avec la culpabilité qui a suivi…

Au début : motivée, motivée
  • Pendant toute la grossesse, j’ai idéalisé mon allaitement, tout comme mon accouchement. Bercée depuis toujours par les images de la mère allaitante, je ne voyais rien qui aurait pu m’empêcher de nourrir mon enfant au sein. L’envie, elle était bien présente, mais j’ignorais que ça n’allait pas être suffisant. Il faut dire que j’accumulais les difficultés.Le déclenchement : le problème d’un accouchement déclenché est que le corps ne secrète pas les hormones naturellement et notamment celle de la lactation, la prolactine. Plusieurs raisons peuvent entrainer un déclenchement comme le dépassement de terme, comme ce fut mon cas.
  • La césarienne : assez souvent un déclenchement entraine une césarienne. Les contractions sont trop fortes pour le fœtus, ce qui peut entrainer une souffrance cardiaque. C’est reconnu qu’une césarienne peut venir perturber (je dis bien « peut », ce n’est pas une généralité, heureusement de nombreuses femmes césarisées n’ont pas de problème) la lactation. Alors qu’elle survient environ trois jours après l’accouchement, une femme césarisée peut attendre jusqu’à cinq jours. Au lieu d’attendre passivement, il faut alors multiplier les mises au sein, et stimulez au tire-lait si besoin. Et surtout, si la lactation n’est pas suffisante au début, il faut bien nourrir bébé avec un lait de complément au bébé…mais sans le biberon (pour ne pas l’habituer !). Ce que je ne savais pas …donc je lui ai donné d’emblée l’habitude du biberon.
  • La fatigue : l’accouchement + les visites des proches (d’où la nécessité de les espacer un maximum, voire de les reporter à plus tard) peuvent entrainer une forte fatigue. Or pour une bonne montée de lait, il faut avant tout que la maman soit reposée, qu’elle mange bien et qu’elle ait une bonne disposition morale et physique. Dans mon cas, la fatigue avait pris le dessus, j’étais exténuée : difficile de me concentrer sur l’allaitement.
Le retour à la maison : dur, dur

Quelques jours à la maternité ne suffisent pas toujours pour bien établir l’allaitement. C’est ainsi que certaines mamans se retrouvent seules, assez désemparées face aux difficultés d’un allaitement exclusif malgré tous leurs efforts. Le retour à la maison entraine aussi fatigue et stress, deux éléments qui ne vont pas arranger les choses. C’est à ce moment là, qu’il ne faut pas hésiter à solliciter l’entourage et à récupérer un maximum de conseils qui pourraient aider : la maman, la belle-maman (oui, oui, c’est possible !), les sœurs, copines, la sage-femme, la puéricultrice de la PMI, les sites internet comme celui de la Leche League qui regorge de conseils pratiques. Si vraiment l’allaitement devient trop problématique, il y a même la possibilité de faire appel à une conseillère en lactation (par téléphone ou en visite).

L’idée est de toujours positiver. Les pro-allaitements me disaient : “il n’y a aucune raison de ne pas allaiter si tu le veux vraiment, tu y arriveras”. Les pro-biberons me répétaient : “arrête de t’acharner, le biberon c’est aussi bien et c’est moins de prise de tête”. Et moi, j’étais prise entre les deux. La volonté d’allaiter, de nourrir mon enfant comme j’ai toujours rêvé le faire. Et les difficultés physiques qui me perturbaient.

L’allaitement mixte : ma résignation

Moins de dix jours après l’accouchement, j’avais enfin assimilé les bons gestes et réussi à faire accepter le sein à mon bébé. Mais clairement, mon lait ne semblait pas lui suffire, car après chaque mise au sein (et peu importe la durée), elle réclamait un complément. C’est ce que la Leche League appelle « la crise de l’allaitement », soit une augmentation de la demande de tétées, qui survient après deux semaines, six semaines et ensuite à environ douze semaines. Je n’ai alors pas eu d’autres choix que de passer sur un allaitement mixte (mise au sein + complément de biberon), en pensant cette situation transitoire. Car il faut rappeler que la production du lait dépend exclusivement d’une bonne stimulation, donc il ne faut pas se décourager, si on a toujours envie d’allaiter : s’il le faut toutes les heures au début pour bien activer la lactation au rythme de l’appétit du nourrisson.

M’empêcher de culpabiliser

Finalement, j’ai pris le rythme de l’allaitement mixte pendant des jours, des semaines puis des mois…ça fonctionnait plus ou moins. J’étais contente de maintenir ce lien, et bébé mangeait à sa faim. Tout se passait bien, lorsque soudainement, il s’est mis à refuser le sein. C’est ce qu’on appelle la « grève de la tétée ». La Leche League avance plusieurs explications : environnement trop chargé (conflits, musique…), infection quelconque (rhume, otite, aphte, narine bouchée), goût du lait désagréable suite à une alimentation épicée ou à la suite d’une mastite, parfum…Me concernant je n’ai jamais su.

En revanche, j’ai été déprimée comme jamais : ma fille refusait mon sein, j’avais l’impression qu’elle me rejetait ! Je me suis acharnée et je suis donc passée au tire-lait, en multipliant les tentatives à chaque fois et en suivant tous les conseils (écharpe de portage, allaiter en marchant ou dans le bain…). Au bout de quelques semaines, je me suis lassée du tire-lait et j’ai donc arrêté mon allaitement mis en place depuis quatre mois.

J’étais déçue de ne pas avoir allaité comme je le voulais, mais, en me documentant, j’avais compris mes maladresses et ma situation particulière. Je sais maintenant ce que je ne dois pas reproduire pour les prochaines fois. J’ai compris que l’allaitement peut être aussi simple que difficile. Chaque femme a sa propre expérience et résistance. Être déterminée c’est bien, mais sans pour autant être acharnée. Car là où il y a une détresse morale, le bébé le ressent, et l’allaitement ne devient plus un moment bénéfique et charnel.

Pour ma part, je me suis vite consolée, lorsque, quelques semaines plus tard (à 4 mois et demi), bébé réclamait déjà sa première purée. Une page était tournée dans le chapitre de sa toute jeune vie culinaire et j’en ouvrais un autre faite de potages, de purées, de compotes aux milles saveurs et couleurs…et faits-maison !

Comment prévenir et soulager les bobos d’allaitement ?

Lors de notre rencontre futures mamans à Paris, nous avons demandé à deux expertes de partager des conseils issus de l’atelier “Nourrir bébé”. Un focus est porté sur quelques produits clés pour accompagner et apporter confort à la maman qui désire allaiter. Ericka et Christel, deux mamans, témoignent également de leur expérience.

Et vous? Comment s’est passé votre allaitement?

A LIRE :

  • « L’allaitement de mon enfant » de Marie-Dominique Linder et Catherine Maupas, Editions Hachette Pratique.
  • L’allaitement malin” de Véronique Darmangeat, Editions Leducs