Quand on débarque dans le rayon des laits infantiles du supermarché, on a tout de suite le tournis. Pourquoi telle marque serait-elle meilleure que l’autre ? Existent-ils des « bons laits » et des « moins bons » pour son bébé ? Doit-on se fier aux conseils de la copine, de la sage-femme, de son pédiatre, ou faire confiance à la pub? Allez, on remet tout à plat avec le Dr. Bocquet (pédiatre, membre du Comité de nutrition de la société Française de pédiatrie et de l’association de pédiatrie ambulatoire – AFPA-) qui est le meilleur expert en la matière.

L’allaitement, une référence « intouchable »

Parler des laits de substitution est toujours un peu touchy, et je ne voudrais pas recevoir les foudres des associations pro-allaitement. Remettons les choses au clair, ici, il n’est pas question de faire l’apologie du lait infantile. Certaines femmes ne peuvent pas ou ne veulent pas/plus allaiter, et alors elles devront bien faire le choix épineux de l’achat de lait. Il est bien clair que selon les recommandations de l’OMS et toutes les études scientifiques, le lait maternel est recommandé pour garantir la meilleure santé du bébé. D’ailleurs, sa composition est tellement riche qu’elle permet une diversification alimentaire (introduction d’aliments) plus tardive, vers 6 mois. Pour les bébés qui ont toujours été nourris au lait de vache, on peut commencer la diversification dès le 4ème mois. Il faut savoir qu’en règle générale, les laits infantiles suivent au plus près les éléments du lait de mère.

Les différents types de lait standard

Avant de se lancer dans les explications trop détaillées, il convient d’identifier les différents types de lait qui existent sur le marché. On parlera içi exclusivement des laits standards, et non ceux qui répondent à des troubles fonctionnels (problème de régurgitation, constipation…) ou thérapeutiques (allergie, intolérance…). Si votre bébé/nourrisson va bien, alors vous pouvez choisir LIBREMENT votre lait.

Oui, oui, je dis bien LIBREMENT. Je me souviens que dès mon accouchement, lorsque je devais donner des biberons de complément, la sage-femme m’a donné un biberon en me disant clairement : « mais attention, vous devez suivre cette marque de lait ensuite, sinon votre bébé ne supportera pas et aura des troubles digestifs… ». Moi, voulant bien faire, j’ai bien suivi la dite marque distribuée gratuitement (avec un coût moral tout de même), jusqu’au jour où j’ai osé défier les recommandations…. Et ô miracle, mon bébé n’a eu aucun problème. Selon les conseils du Dr Bocquet, il faut donc partir du principe que:

 Si votre bébé va bien et qu’il tolère le lait, alors il n’y a pas de raison de le changer.

Vous saviez que les marques de lait n’ont pas le droit de communiquer sur leurs gammes 1er âge ? Selon la réglementation française, il s’agirait de ne pas faire de publicité sur des laits qui pourraient défavoriser l’allaitement. Ce qui pourrait être une bonne chose déontologiquement. Mais alors comment s’y retrouver, si nous n’avons pas accès aux informations claires et un accès grand public concernant ces laits de préparation pour nourrisson ? Voici une omerta bien étrange qui défavorise à la fois le bébé et les parents qui se sentent tellement perdus !

Il existe 3 types de lait :

  • Le lait 1er âge appelé aussi « préparation pour nourrissons » : c’est celui que l’on peut donner dès la naissance jusqu’à 4 ou 6 mois. Le passage au lait 2ème âge ne se fait pas en fonction de l’âge mais du début de la diversification alimentaire.
  • Le lait 2ème âge communément nommé « lait de suite » : sa composition est modifiée pour pouvoir être intégrée dans le cadre d’une alimentation plus variée à partir de l’introduction d’autres aliments. Enrichi en fer (dont les besoins ne sont plus couverts par l’allaitement), on le propose jusqu’à environ un an.
  • Le lait 3ème âge, dit « lait de croissance » : est la continuité du précédent et est proposé jusqu’à environ trois ans. Il n’a bien sûr aucune contre-indication pour continuer de donner ce lait au jeune enfant, puisque sa composition couvre tous les besoins nutritionnels. Là encore l’apport en fer est plus important.
Un lait de vache…pas comme les autres

Tous les laits infantiles sont fabriqués à partir de lait de vache. Il subit des modifications pour pouvoir correspondre aux besoins de l’enfant et s’adapter à son jeune métabolisme.

  • Il est modifié au niveau des graisses : on y apporte des graisses végétales (et non animales) qui sont moins saturées, et amènent des acides gras essentiels (dont les omégas 3 et 6, les acide linoléique et acide α linolénique.) En moyenne, le rapport idéal serait une valeur énergétique de 70 kcal/100ml et des lipides de 3,40 g/100 ml pour le 1er âge.
  • Le taux de protéines des laits infantiles est réduit (en moyenne 1,2 grammes/100 ml). Un apport trop riche serait nocif pour le jeune bébé. Ces protéines sont aussi modifiées en améliorant leur qualité, afin qu’elles se rapprochent le plus possible des protéines de référence du lait maternel. On améliore l’aminogramme de ces protéines, ce sont les acides aminés, permettant une meilleure assimilation et digestion.
  • Du fer est rajouté dans les laits infantiles. En plus grande quantité pour les laits 2ème et 3ème âge, car un nourrisson a le bon apport de fer jusqu’à ses six mois, après sa naissance. Le fer est rajouté de 20 à 30 fois supérieur à la dose de fer présent initialement dans le lait de vache.
  • L’apport en vitamines (B, C, D…) est plus important également dans les laits infantiles pour développer la croissance et tout le bon fonctionnement des organes en général.
  • Des glucides sont incorporés au lait de vache (une moyenne de 7,68 g/100 ml pour les laits 1er âge), qui lui, ne contient que du lactose. Pour les bébés qui ont des petits soucis digestifs, il est même conseillé de choisir un lait qui contient une partie de lactose modifié (dextrine maltose).
  • Certains laits (seulement 30%) incorporent des acides gras essentiels à longues chaines (les AGPI-LC), contenus aussi dans le lait maternel. Ces éléments sont essentiels pour le développement et le fonctionnement du cerveau de l’enfant. Et pourtant ils ne sont pas produits par l’organisme lui-même, alors une supplémentation est indispensable. Pour les reconnaître ils font partie de la constitution des ARA – acide arachidonique (>10mg/100ml ) et DHA- acide docosahenaenoïque ( > 5mg/100ml)
  • Il est possible de trouver certaines formules enrichies en prébiotique et/ou probiotique (lorsqu’il y a les deux éléments réunis il s’agit d’une symbiotique). Le lait maternel contient des prébiotiques en grandes quantités, ces éléments qui restaurent la flore intestinale et améliorent les défenses immunitaires contre les infections en tout genre. Les probiotiques constituent des bactéries saines et vivantes présentes dans le lait qui s’implantent dans le système digestif.
  • L’apport en sel est trop fortement dosé dans les laits infantiles: il varie du simple au triple selon les laits ! Or il faut absolument surveiller l’apport en sel qui ne doit pas excéder les 120 mg de sodium/jour. Une surconsommation perturberait les fonctions rénales et pourrait entraîner de l’hypertension artérielle. L’idéal serait une dose autour de 15mg/100ml. Attention alors à l’eau minérale que vous utilisez : La Mont Roucous est la plus faiblement minéralisée avec 3mg, alors que l’Evian 9mg et la Volvic 12mg… ça change tout !

Je sens que je vous ai un peu perdu au vol, là… Bon j’arrête avec les explications trop scientifiques et pour résumer, voici ce qu’il y a à retenir lorsque vous choisissiez le lait infantile pour votre bébé, en lisant l’étiquette :

  1. Un taux de protéine assez bas (moins de 1,35 gramme/100 ml)
  2. Une présence d’AGPI-LC en bonne dose
  3. Un bon rapport entre les omégas 3 et 6, égal à 1,6 (un déséquilibre pourrait provoquer sur le long terme des problèmes d’obésité)
  4. Un apport en prébiotique et/ou probiotique
  5. Un taux de sodium bas

Voici de quoi y voir plus clair sur les 300 ( !) produits de laits infantiles présentés devant vous au supermarché ou en pharmacie. Sachant que seulement les 2/3 contiennent des AGPI-LC… la sélection est plus rapide et évidente dans ce sens. Enfin, concernant la présence d’aluminium, le magazine 60 Millions de Consommateur a fait en mars 2014 une enquête sur une cinquantaine de laits infantiles et de croissance. Vous pouvez retrouvez les résultats sur leur site (moyennement abonnement).

C’est une question d’argent?

Bon, je dois avouer que j’ai fait partie de ces mamans qui ont, plus tôt que la moyenne, proposé du lait de vache demi-écrémé en délaissant le lait de croissance. Je me disais qu’à mon époque, il n’existait pas une telle diversité, et que je n’ai pas eu plus (ou moins) de soucis de santé que les autres enfants… Cependant il est vrai qu’en la matière les études sont de plus en plus poussées pour favoriser les meilleures conditions de développement pour la santé du bébé. L’idée serait alors de mettre toutes les chances de côté pour que votre enfant soit en bonne santé et se développe de façon optimale. La question économique ne doit pas être un critère pour vous, car on estime qu’en moyenne un litre de lait infantile coûte 50 cts plus cher que les laits de vache. 50 cts, le prix pour un bébé en meilleure santé ? Surtout lorsque l’on sait que les aliments proposés au bébé de sa naissance jusqu’à ses deux ans seront déterminants pour sa vie d’adulte. C’est ainsi que l’on retrouve des prédispositions à l’obésité.

Les faux pièges des laits infantiles

Il y a certains arguments qui influenceraient votre choix selon ce que vous avez pu entendre ou lire. Sur ces points spécifiques, le Dr Bocquet remet les choses au clair.

  •  L’huile de palme : c’est une erreur de considérer que certains laits contiennent de l’huile de palme brute. Il s’agit en fait d’acides palmitiques que l’on retrouve dans le beurre, le gras des viandes et le lait de vache. Ils ne représentent aucun danger pour la santé de vos enfants.
  • La taurine : lorsque l’on entend « taurine » on pense directement aux boissons énergétiques Red Bull, qui en contiennent en effet en très grandes quantités. Dans le lait infantile, on retrouve cet acide aminé en une juste dose qui joue un rôle important dans le foie et l’élimination des toxines. D’ailleurs le lait maternel en contient aussi.
  • Le bio : forte est la tentation de favoriser les laits à étiquette « bio » pour s’assurer de ce qui a de meilleur pour son bébé. Or, notre pédiatre nous rappelle l’extrême rigidité des réglementions françaises et européennes concernant les laits infantiles. Ces règles imposent des produits sans édulcorants, aux taux de nitrates bas, et sans métal lourd. De facto, il n’y a pas de pesticide non plus car il ne s’agit pas de produits issus de l’agriculture.
  • Lait relais : les laits relais sont ceux proposés par les marques pour assurer la transition du lait maternel à celui infantile. Selon le Dr. Bocquet, il s’agit là d’une appellation purement commerciale, car leur composition ne se rapproche pas plus du lait maternel que les autres. En revanche, ils sont bien vendus plus chers (sic !)
Pourquoi continuer le lait de croissance ?

Grande est la tentation d’espacer voire d’arrêter le lait de croissance quand votre enfant devient de plus en plus autonome dans la prise de repas, et qu’il boude son biberon de lait. Essayez tout de même de maintenir le cap jusqu’aux trois ans et même un peu plus. De toutes façons, les laits de croissance ne peuvent pas faire de mal à votre enfant ! Rappelons qu’ils sont de meilleures compositions que les laits de vache :

  • Amène de 20 à 30 fois plus de fer
  • De 2 à 3 fois moins de protéines (un excès entraine de la fatigue et entrainerait un excès de poids à l’âge adulte)
  • De 2 à 3 fois plus de bonnes quantités d’acides gras essentiels
  • De 2 à 3 fois moins de sels minéraux
  • Et contiennent plis de zinc, de vitamines A, D, E et C

Bon ça va, vous avez compris là… Pas besoin d’en dire plus ;-)

Les laits « hors compétition »

Surfant sur la tendance du “tout bio”, de plus en plus de marques proposent des boissons végétales (lait d’amande, de coco, de châtaignes ..)

Selon le Dr. Bocquet, il faudrait considérer ces boissons non pas comme des laits, mais de simples jus végétaux. Ainsi, ils ne peuvent en aucun cas constituer l’alimentation exclusive d’un bébé de moins de six mois, l’exposant à de graves carences. Ces dernières ralentissent non seulement la croissance, mais peuvent aussi conduire à des hospitalisations !

Les laits de soja sont aussi déconseillés chez les tout petits car des études ont pointé qu’ils peuvent être de véritables perturbateurs hormonaux. Enfin, il n’est adapté de proposer avant les 12 mois de l’enfant de laits  d’amande, de châtaigne ou de noisette sous risque de l’exposer à des réactions allergiques.

 A ne pas confondre avec…

  • Les laits à base de protéines de riz (comme le Modilac), qui couvrent en revanche parfaitement les besoins énergétiques pour les enfants allergiques aux protéines de lait. Il est d’ailleurs vendu en pharmacie et a été soumis à des études cliniques (ce qui n’est pas le cas de Picco Riz et Novalac Riz).
  • Le Rizlac, qui n’est pas destiné aux bébés qui ont des problèmes d’allergies, car il contient du lactose, mais plutôt à ceux qui sont végétariens. Là aussi leur composition est assez équilibrée pour ne pas poser de problème.

Alors chères M2b, vous y voyez plus clair à présent ? Et vous , quel lait avez-vous choisi ? En suivant les recommandations du pédiatre ? Lisez-vous les étiquettes ? Partagez vos expériences sur ce sujet si complexe…

Pour en savoir plus, je vous recommande très vivement :

www.laits.fr: c’est un site/bible pour tout ce qui concerne le détail des laits. Vous trouverez des tableaux de toutes les marques et des explications très vulgarisées pour comprendre à mieux lire les étiquettes.

www.mpedia.fr : ce site crée par le Dr. dans le cadre de l’AFPA (Association Française de Pédiatrie Ambulatoire) recense toutes les grandes questions/réponses que peuvent se poser les parents autour de la santé et du bien-être de leur progéniture.