Vous en rêvez peut-être secrètement, et bien elles l’ont fait ! Nous avons interviewé Christine, créatrice du blog Maman Voyage et maman de deux enfants, et Virginie du blog de voyage Ensemble Ailleurs et du blog Simply Enjoy, maman de trois enfants, qui ont décidé de partir faire le tour du monde avec leurs enfants et conjoints. Focus sur un sujet qui suscite envie et questionnement, et que nous allons décrypter avec ces deux aventurières !

Ce tour du monde : un projet de vie ou une opportunité qui s’est présentée ?

Virginie : Nous n’étions pas de grands voyageurs, et cela nous frustrait un peu. Cela faisait un moment que ce projet trottait dans la tête de mon mari… et le jour où nous avons eu l’opportunité de faire cette pause, nous avons sauté sur l’occasion.

Christine : Pour notre voyage de noces, nous étions partis un an autour du monde, en amoureux. C’était en 2007 et nous nous étions déjà dit à l’époque que nous renouvellerions l’expérience une fois que nous aurions des enfants. Ensuite il fallait trouver le bon moment. Notamment, nous souhaitions que notre petite dernière grandisse un peu. Aujourd’hui, notre fils, alias « Ticoeur » a 6 ans et notre fille, alias « Titpuce » a 4 ans. Cela nous semble pas mal pour un Tour du Monde en famille ! Nous gérons l’école en voyage pour Ticoeur qui est au CP.  Ensuite, l’opportunité, il a fallu la créer : mon mari a posé un congé sabbatique dans son entreprise et moi j’ai quitté mon CDI pour me mettre à mon compte. Nous avons très peu de revenus durant nos 8 mois de voyage donc le dernier point est que nous avons économisé pendant ces dernières années.

mamanvoyage

Credit photo: @mamanvoyage – Australie

Combien de temps cela vous a pris (à toi et ton conjoint) pour vous préparer niveau logistique mais aussi financier ?

Virginie : Nous avons pris la décision de partir en avril, et sommes partis mi-octobre. Cela nous a donc laissé 6-7 mois pour bien préparer le départ (sachant que mon mari avait déjà quitté ses fonctions et a pu se consacrer quasiment exclusivement à la préparation du voyage…). Ce temps a été nécessaire pour préparer le voyage : réflexion sur l’itinéraire, négociations des prix pour le billet d’avion et différentes prestations, préparation en détail des 1ers mois, recherche, négociations et réservations des campings-car etc. mais aussi et surtout tout l’à côté c’est à dire mise en location de la maison, assurances, vente de la voiture, permis de conduire internationaux, vaccins, déménagement, résiliations de tous nos abonnements etc …

Christine : Nous avons pris notre décision en juillet 2015 pour un départ au 1er janvier 2016 (il faut respecter un préavis de six mois pour poser un congé sabbatique). Quatre mois avant de partir nous avons acheté nos premiers billets d’avion mais je dirais qu’on a dû gérer 90% de la logistique pendant le dernier mois à Paris car nous ne sommes pas très doués pour l’anticipation. Ainsi à un mois du départ, nous avons prévenu les administrations, fait les cartons, vidé l’appartement et bouclé les valises.

Comment en avez-vous fixé la durée et les destinations ?

Virginie : Mon mari voulait partir 1 an, moi 6 mois…on est partis 9 mois, on peut dire que ça s’appelle un compromis ;-). La date de départ a été fixée par rapport à une « contrainte » (un événement déjà prévu depuis longtemps) et pour le retour, je voulais rentrer au moins un mois avant la rentrée scolaire pour avoir le temps de revoir la famille et les amis l’été , de se réinstaller et de bien préparer les enfants à la rentrée. Pour l’itinéraire, nous avons commencé par faire une liste d’envies, juste en regardant le globe et en laissant parler nos désirs enfouis, ensuite nous avons réduit la liste en ne gardant que les endroits où le climat serait agréable selon le sens du trajet choisi, plutôt lointain pour profiter du temps disponible et de l’occasion d’être justement si loin, et ceux qui sont surs pour les enfants en terme d’hygiène, sécurité et santé mais également « relativement » accessibles pour les enfants (transport local et géographie). Et puis lorsque nous avons interrogé les agences de voyage de «billets tour du monde » nous avons à nouveau été orientés et challengé nos idées car il y a des contraintes de nombre de pays et de continent pour ne pas exploser le budget. Mais nous n’avons pas enlevé une destination de préférence, simplement fais des choix plus pertinents ! Enfin, une fois les grandes destinations choisies, nos amis ont été d’une grande aide pour affiner les parcours et les endroits à voir.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Credit photo: @ensembleailleurs – Bali

Christine : Comme nous avons pris notre décision en juillet 2015 et que nous devions attendre les six mois de préavis pour partir, la date de départ était fixée au 1er janvier 2016. Pour le retour, c’est simple : nous souhaitons que les enfants ne manquent pas la rentrée. Surtout pour Ticoeur qui commence son CE1. Je voulais éviter de partir à cheval sur deux années scolaires. Et puis huit mois cela nous semble une bonne durée dans l’absolu. Donc retour fin août 2016 ! Pour les destinations, nous avons longuement hésité mais oui nous avions des impératifs : choisir des pays adaptés à un voyage avec de jeunes enfants en terme de conditions sanitaires. Nous voulions également passer un maximum de temps au soleil. Enfin, nous avons dû faire des choix par rapport au budget. Par exemple, nous avons finalement choisi d’aller en Australie et en Nouvelle-Zélande, des pays plutôt coûteux donc nous avons équilibré le budget avec des pays d’Asie et d’Amérique Latine, au niveau de vie moins élevé. Enfin, nous n’avions fixé l’itinéraire que pour les quatre premiers mois. Nous avons pris notre temps pour choisir les étapes des quatre mois suivants. C’est essentiellement le prix des avions et nos envies du moment qui ont orienté nos choix.

Quelles étaient vos plus grandes appréhensions avant le départ ?…et maintenant que vous êtes partis, étaient-elles justifiées?

Virginie : Nos craintes avant le départ portaient surtout sur les longs trajets et sur les éventuels problèmes de santé ou accidents. J’appréhendais aussi beaucoup de « manquer », le sujet des bagages a susciter de longues discussions ;-). Enfin, j’avais peur bien sûr que les proches nous manquent… Au final, les trajets se sont toujours très bien déroulés et les enfants ont toujours été sages en transports. A part quelques petits bobos, nous n’avons pas eu de gros problèmes de santé. Pour les bagages, nous avons bien optimisé, et je me suis rendue compte que l’on vit très bien avec beaucoup moins que d’habitude ;-) Et pour les proches…oui ils nous manquent beaucoup, surtout à Noel,aux anniversaires et aux événements de vie importants…mais nous avons la chance d’avoir pu faire venir nos parents à 2 reprises pendant le voyage ! Ah, et une chose que nous avions un peu sous estimée et qu’il est important il me semble à partager avec d’autres familles qui souhaiteraient tenter l’aventure… : passer 24h/24, 7 jours sur 7 ensemble, ce n’est pas toujours de tout repos et on a parfois ressenti des moments « d’overdose » les uns des autres. Quand on est si loin, et avec de jeunes enfants, c’est impossible d’avoir des moments seuls, où même avec d’autres personnes comme lorsque l’on va au boulot ou à certaines activités. Nous avons fait ce voyage aussi et surtout pour passer du temps ensemble donc bien sûr nous sommes très heureux, et cela a créé des liens extraordinaires dans la famille, mais il faut être bien préparés ou au moins se dire que ça peut arriver…

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Credit photo: @ensembleailleurs – Fiji

Christine : Nous n’avions pas vraiment de grandes appréhensions car nous avons l’habitude d’énormément voyager avec nos enfants et nous savons donc que cela se passe très bien. Après oui on se demandait comment Ticoeur et Titpuce allaient réagir par rapport à la durée du voyage. Est-ce qu’ils allaient demander de rentrer à la maison au bout d’un certain temps ? Mais non ! Pas pour l’instant en tout cas. Ils sont vraiment à fond sur ce Tour du Monde et posent beaucoup de questions sur les prochaines étapes, les durées à chaque endroit et le programme de chaque journée. Autre crainte : nous avions peur de devoir porter Titpuce très souvent car même si elle est capable de très bien marcher, elle n’aime pas toujours ça. Effectivement, a posteriori notre crainte est justifiée dans les grandes villes où il faut la motiver ; par contre, notre puce nous épate dès qu’il s’agit de randonnées : plus c’est difficile et plus ça lui plaît ! Enfin, mes lectrices m’ont dit que leur plus grande crainte est que les enfants aient un problème de santé. Je ne sais pas si c’est parce que nous n’avons jamais eu de soucis en voyage ou si juste je suis une trop grande optimiste mais je n’étais pas inquiète. Mais dès le deuxième mois de voyage, j’ai eu ma dose de gros stress quand Titpuce s’est ouvert la tête en Birmanie en tombant en arrière sur l’angle d’une porte. C’était très impressionnant mais au final le docteur que nous avons vu à Rangoon a fait quatre points de suture et tout est rentré dans l’ordre. Le contrôle et suivi des soins ont été réalisés en Australie. Bien sûr, nous avons pris un contrat d’assurance spécial « Tour du Monde » qui couvre toute la famille et donc tous les frais médicaux nécessaires.

Quid du couple pendant ces longs mois : est-ce possible d’avoir un peu d’intimité ? de tranquillité sachant que vous êtes les capitaines du navire ?

Virginie : Il faut être créatif ! Blague à part, nous avons peu de moments tous les deux finalement…à part quand les enfants sont couchés. Et à ce moment là, on doit utiliser le temps pour planifier les journées suivantes, consulter nos mails et donner des nouvelles…Quand on a pu le faire, on s’est accordés de petits moments à 2 en journée : on a fait appel plusieurs fois à une babysitter  ou « club enfants »  dans certains hôtels. On s’est aussi accordé des soirées complètement off devant un film ou un verre de vin… Il  a aussi les longs km en campervan, où l’on pouvait discuter pendant que les enfants dormaient ou jouaient à la tablette.

Christine : A Paris, nous avions une petite routine de couple : une fois par mois une baby-sitter gardait les enfants et nous en profitions pour tester un nouveau restaurant en amoureux. Ces dîners aux chandelles nous manquent un peu mais nous avons tant d’autres choses à la place que ce ne sera que partie remise à notre retour ! Aussi, avant notre départ nous avions imaginé que les grands-parents viendraient nous rejoindre pendant deux semaines quelque part. Cela aurait été l’occasion de trouver du temps pour nous et de leur laisser quelques fois les enfants. Il se trouve qu’ils ont eu des imprévus et que cela ne s’est pas fait pour l’instant mais c’est prévu pour juin (normalement !).  En tout cas, si vous envisagez un Tour du Monde en famille et que les grands-parents ont la possibilité de venir faire un bout de chemin avec vous c’est l’idéal ! Tout le monde sera content !

Comment garder le lien avec la famille pendant toute cette période ?

Virginie : C’est assez facile il faut reconnaître…avant de partir, nous avons équipé et formé les grands parents,qui n’étaient pas encore à la pointe de la technologie pour qu’ils puissent nous suivre sur instagram, facebook et notre blog et communiquer avec whatsapp, viber ou skype. Nous leur envoyons quasiment tous les jours au moins un message, avec photo quand c’est possible. Nous écrivons sur le blog plusieurs fois par semaine et leur téléphonons quand nous trouvons du wifi.

MAMANVOYAGE1

 

Credit photo: @mamanvoyage – Australie

Christine : Les grands-parents manquent à Titpuce et Ticoeur (et c’est réciproque !) mais nous les appelons via Skype au moins deux fois par semaine. Nous communiquons également avec quelques camarades de classe et nous entretenons une correspondance avec la classe CP de Ticoeur qui donne régulièrement des nouvelles par mail.

Vous avez fêté des anniversaires pendant ce voyage. Pouvez-vous nous raconter brièvement comment ils ont été orchestrés et vécus par les enfants ?

Virginie : Les anniversaires ont été de grands moments ! C’est drôle parce qu’à la maison, on en fait toujours trop : de la déco, plein de cadeaux, plusieurs fêtes, et plein de choses à manger…En voyage tout cela n’est pas possible ou compliqué…et finalement, la « fête » a été très intense à chaque fois ! Pour mon aîné, il a eu la chance d’avoir ses 2 mamies à nos côtés…et du coup, pas mal de cadeaux…pour ma fille, nous avons eu la chance de rencontrer une autre « famille tour du monde » (NB : Mamanvoyage) et du coup de souffler les bougies avec les copains ! Ah et je ne vous ai pas dit ! j’ai des amis et une maman formidables qui nous ont préparé une enveloppe par mois à ouvrir pendant le voyage. Les mois où il y avait un anniversaire à fêter nous avons ainsi découvert dans notre enveloppe du mois une bougie, quelques ballons et de petits jouets accompagnés de petits mots et photos. ;-)

Christine : Oui deux anniversaires : celui de ma Titpuce qui a eu 4 ans et le mien. Pour ma Titpuce nous lui avons demandé ce qui lui ferait plaisir : elle a souhaité des pistolets à eau car on se trouvait en Australie à ce moment-là et que nous allions tous les jours à la plage. Je lui ai aussi offert un foulard pour les cheveux avec des motifs aborigènes car elle a beaucoup aimé tous ces dessins en Australie. Pour ce qui est de la fête, nous dormions dans une très jolie roulotte dans le jardin d’une famille australienne. Nous avons décoré la roulotte avec tout plein de ballons colorés. Nous avions également acheté un gâteau et la famille australienne nous en a offert un deuxième que nous avons partagé. Les enfants ont pu jouer tous ensemble. Pour mon anniversaire, nos hôtes (toujours en Australie, dans une autre ville) m’ont offert une bouteille de vin et un gâteau au chocolat maison. Autant vous dire qu’avec ces deux expériences d’anniversaires, nous avons trouvé les Australiens vraiment très conviviaux et généreux !

Christine anniversaire

Credit photo: @mamanvoyage – Australie

Beaucoup se demandent si il y un âge pour les enfants pour un tel voyage…qu’en pensez-vous ?

Virginie : Notre départ a suscité pas mal de débats à ce sujet…quand ils sont très jeunes (avant 6 ans), on a l’avantage de ne pas devoir faire l’école, ils ne sont pas encore trop « attachés » à leurs amis comme peuvent l’être des ados par exemple, et finalement, sont heureux dès lors que nous le sommes… Quand ils sont un peu plus grands, ils apprécient mieux certaines visites ou destinations, et il y a plus de chances pour qu’ils se souviennent de ce qu’ils ont vécu. Au final, je pense qu’il n’y a pas vraiment d’âge idéal. On peut toujours trouver une bonne raison de ne pas se lancer. Le meilleur moment est celui où les parents ont l’envie et la possibilité de le faire…

OLYMPUS DIGITAL CAMERA Credit photo: @ensembleailleurs – Argentine

Christine : Je pense qu’il y a plein de possibilités et que cela dépend des enfants et des parents. Nous concernant, nous voulions que Titpuce ne soit pas trop petite, notamment pour qu’elle puisse marcher et aussi pour que les enfants s’amusent ensemble (c’est le cas et c’est vraiment un point essentiel je trouve !).  On a aussi organisé des rencontres avec d’autres familles pour que Ticoeur et Titpuce jouent un maximum avec d’autres enfants de leurs âges. Dans l’idéal, nous aurions aimé partir l’an dernier car Ticoeur était en dernière année de maternelle mais pour mon mari ce n’était pas un bon moment au bureau pour poser un congé sabbatique car il avait beaucoup de nouveaux projets à gérer. Finalement, nous nous en sortons très bien avec le programme de CP surtout que notre Ticoeur avait déjà de bonnes bases après le premier trimestre d’école. Il savait déjà lire en décembre. Globalement, nous nous sentions de devoir gérer l’école tant qu’il s’agissait d’un programme d’école primaire. Quand les enfants sont au collège, le programme est plus complexe et les adolescents ont souvent moins envie de quitter leurs copains.

Comment prévoyez-vous d’entretenir le souvenir de toutes ces découvertes avec les enfants ?

Virginie : Le blog, les photos, les albums que je ferai au retour seront en effet d’une grande aide. Je fais aussi beaucoup de petits films, les enfants aiment bien les revoir. Je pense que nous parlerons pendant longtemps et régulièrement de ce voyage et j’espère que cela entretiendra le souvenir. Une amie nous a aussi fabriqué des petits pochons souvenir personnalisés par pays, nous y mettons quelques petits trésors…

Christine : Je crois qu’à court et moyen terme les enfants vont vraiment faire vivre les souvenirs de ce voyage car ils aiment beaucoup parler de ce qu’ils ont fait ou vu. Dans plusieurs années ils auront sans doute oublié pas mal de choses. Il y aura les photos (et les films !) bien sûr mais de toute façon, au-delà des souvenirs, le plus important pour eux c’est l’expérience en soi et je pense que cette expérience aura des répercussions dans le futur, même s’ils ne se souviennent pas de ce voyage : ils acquièrent une ouverture d’esprit, découvrent beaucoup de nouvelles choses et leur complicité frère-sœur s’est renforcée de jour en jour. Ce voyage est une aventure humaine et familiale.

On peut penser qu’il est assez déroutant pour les enfants de partir à l’aventure et changer sans cesse de destination, mais les deux mamans s’accordent à dire que le cadre rassurant pour les enfants est avant tout leurs parents, elles ont donc pris soin de les rassurer en leur expliquant bien ce qu’il se passait. Virginie dit avoir réussi à garder le rythme horaire habituel, et Christine a emporté des jeux de société auxquels ses enfants avaient l’habitude de jouer et constate que le moment de faire l’école permet de créer une routine. Merci à ces deux supers mamans Virginie et Christine, qui n’ont pas eu peur de réaliser leur rêve, et dont nous pensons qu’il faut s’inspirer ! Nous espérons que cette interview vous a permis de vous représenter ce qu’implique un tour du monde avec les enfants, et vous invitons à aller faire un tour sur leur blog et leur Instagram (@mamanvoyage et @we_simply_enjoy) qui nous laisse songeuses avec ces jolis paysages! Et vous, où rêvez-vous de voyager ?