La prise de poids est une préoccupation pour bien des futures mamans, comme nous avons pu le constater lors de nos ateliers dédiés à la nutrition. Ce corps qui change au fil des semaines, cette nouvelle silhouette qui s’arrondit, et ces formes qui vont peut-être rester après l’accouchement… Si certaines voient une parenthèse enchantée, d’autres refusent de se laisser aller et continuent leurs séances de sports intensives. Mais jusqu’où peut-on aller sans se mettre en danger ainsi que son bébé ? Décryptage d’un phénomène qui prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux.

Instagram, la vitrine des fitness mums

Instagram est devenu le meilleur endroit pour s’auto-motiver en admirant les prouesses des futures mamans qui affichent des silhouettes musclées. Alors bien sûr le temps d’un cliché les pauses du ventre à l’air, des jambes fuselées, des bras galbés et des bidons à peine sortant peuvent faire envie. Elles donnent l’image de cette nouvelle maman qui ne se laisserait pas aller « juste parce qu’elle attend un petit bout ». Alors que dans les années 90, l’image de la working-mum prenait le dessus dans l’imaginaire collectif, aujourd’hui c’est la healthy mum qui est le nouvel exemple à suivre. Elle mange sainement, prend soin de sa peau et en plus est musclée et « fit ». Ces mêmes femmes s’empressent d’ailleurs de poster les photos d’après grossesse le plus rapidement possible, ventre plat et abdos saillants, fières de leurs exploits et efforts. Quitte à créer des polémiques ici ou là comme la mannequin Sarah Stage qu’on soupçonnait de mummyrexie depuis la publication de sa photo enceinte de 8 mois alors qu’elle n’en paraissait 3 sur la photo postée sur son compte personnel. De quoi alarmer les associations de mamans féministes qui hurlent à l’instrumentalisation d’une grossesse sous contrôle. Mais surtout de quoi nous donner des complexes, nous futures-mamans lambdas.

Alors bien sûr, quand vous vous regardez dans votre miroir un an après la grossesse, avec vos bourrelets récalcitrants, ce genre d’image peut, soit vous agacer, soit vous déprimer, ou au mieux vous motiver à faire de même. Dans tous les cas, ces clichés ne sont pas sans conséquences, et n‘avertissent pas assez des précautions à prendre. Aux Etats-Unis (et bientôt en France) on a affaire à un véritable effet de mode, comme une compétition entre les futures mamans qui se « challengent » les unes aux autres.

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Il est fini le temps où la maman prenait la pause tranquillement dans sa pose de yoga, aujourd’hui elle n’hésite pas à porter des poids, faire de la corde à sauter, du r.p.m (vélo en salle chorégraphié), de la zumba, du crossfit et autres pratiques où le cardio et tout l’ensemble musculaire est sollicité. En regardant ces clichés, certains peuvent être surprenants voire choquants, et on est loin de la bulle enchantée et douce qu’est supposée être la grossesse. Alors quoi penser de ces pratiques nouvelles ? Nous avons pesé le « pour » et le « contre » avec l’aide d’une experte Charlotte Céron- Réby, spécialisée dans le fitness pour femmes enceintes avec MyBabyFly.

 Le fitnesspregnancy pour se maintenir en forme

« Fitness et grossesse sont compatibles. D’autant plus qu’entre le 3ème et le 6ème mois, les futures mamans ont souvent la forme pour deux ! » constate Charlotte.

C’est vrai que l’idée de préparer son corps au changement physique n’est pas mauvaise. D’autant plus qu’ils sont nombreux ! Outre la prise de poids, les rétentions d’eau peuvent amener gonflement et cellulite dans les jambes, les maux de dos sont fréquents liés au port du bébé… Le seul remède à ce genre de pathologie reste sans conteste le sport, ou du moins une activité physique.

Pour notre experte, aucune activité n’est potentiellement choquante du moment que des précautions sont prises et surtout que la maman n’est pas une novice. Car elle est bien là la condition sine qua none au sport pendant la grossesse : « on ne commence pas une activité sportive en étant enceinte, il s’agit d’entretien et jamais de compétition. ». Ainsi si vous êtes une adepte au pilates (qui n’est pas une pratique si douce que ça car tous les groupes musculaires sont sollicités en profondeur), alors effectivement votre corps aura l’habitude des positions et la grossesse peut ne pas être une entrave. C’est dans cet état d’esprit que l’on voit des pros de l’haltérophilie porter par-dessus le bras des dizaines de kilos tout en affichant un bidou proéminant d’au moins 7 mois. Pour ces femmes, pas question d’arrêter leur activités physiques qui fait partie de leur mode de vie. D’ailleurs sur certains sites spécialisés comme www.all-musculation.com, on affiche des vidéos de mamans enceintes en plein entrainement.  Le message est clair : « On entend souvent répéter – maintes et maintes fois – aux femmes de faire le moins d’effort possible durant leur grossesse, qu’elles sont fragiles, quasiment considérées comme « handicapées », entravées par cette condition de femme enceinte … Que de sottises ! Que vous soyez une athlète ou une joggeuse plus « décontractée », l’activité physique régulière est très bénéfique pour toute grossesse sans complication. Vous êtes enceinte, vous n’êtes pas malade. »

Le parti pris est affiché, en somme : vous êtes une future maman, vous aimez le sport, vous voulez le pratiquer à haute dose, sans restriction… alors n’hésitez pas !

Dans ce genre de sites dédiés aux férues de musculation, il n’y aurait aucune raison de s’arrêter sauf avis médical contraire. Aux vues des futures mamans qui enchaînent des séances de cross-fit sans sourciller, jusqu’à faire le poirier, on peut se dire que c’est possible. Car finalement ces femmes connaissent leur corps et leurs limites et si la grossesse est un challenge de remise en forme, pourquoi pas ? D’autant plus comme le commente Charlotte : « plus vous prendrez soin de vous par une activité physique, moins vous aurez de kilos pris, et plus la reprise du poids initial sera rapide. » Une motivation non négligeable aux vues des efforts engendrés lors de ces séances. Sans compter la frustration des femmes sportives de haut niveau qui ne supportent pas l’idée d’arrêter le sport, « sous prétexte » qu’elles sont enceintes. « Ces femmes qui ont toujours été dans le contrôle, en se lançant des challenges persos, n’imaginent pas se donner des limites et risquer une prise de poids. Elles ne l’envisagent même pas, ou du moins vont tout faire pour minimiser la prise de kilos et la perte rapide et optimale post-accouchement », précise notre spécialiste de la question.

Le modèle de la femme contrôle d’elle-même, volontaire, qui n’arrête pas de vivre parce qu’elle est enceinte, peut être une belle image… A l’heure où les grossesses surmédicalisées n’ont pas lieu d’être, surtout si on est en bonne santé, on se dit que tout est possible, et qu’il est grand temps de lâcher la grappe aux futures mamans. Cependant, le corps de la femme enceinte a des limites, quoi qu’on en dise, dont il faut avoir conscience…

 Les limites du fitness pregnancy

Bien entendu la première limite est la santé de l’enfant à naître et celle de la future maman. A titre préventif, il y a tout de même des précautions à prendre, aussi bien sur le type de sports que sur la façon de le pratiquer. Ici on fait mention aux sports plutôt extrêmes, qui n’englobent pas les cours de remise en forme des futures mamans qui font la part belle à la sophrologie et à la décontraction.

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Ainsi Charlotte rappelle aux jeunes mamans sportives qui ont tendance à vouloir imiter les nouvelles effigies d’Instagram, quelques rudiments à respecter :

  • Les ligaments se distendent durant la grossesse, partout dans le corps dont les chevilles. C’est pourquoi elles sont fragilisées et il faudra alors contrôler un maximum les sauts et impacts, par exemple dans le cas de corde à sauter et de course à pieds. Pour éviter de se faire mal, il faut bien veiller que les talons soient bien au sol à chaque réception de saut.
  • Avec le poids du bébé, le centre de gravité change et les pertes d’équilibre sont plus fréquents. Alors pour limiter les chutes, il vaut mieux réduire les sports en hauteur comme le vélo ou l’équitation. Privilégiez les sports d’intérieur ; la moindre chute peut vraiment être fatale pour votre bébé. Mieux vaut prévenir que guérir. Pour la même raison, si vous voulez faire des squats (jambes écartées vous descendez comme pour vous asseoir sur une chaise imaginaire pour muscler les fesses et cuisses), alors faites-le adosser à un mur pour le soutien.
  • Les abdos : tous les sports qui sollicitent trop la sangle abdominale d’une façon ou d’une autre sont à proscrire. Pendant la grossesse, les grands droits s’écartent pour laisser place au bébé. Donc si vous faites des abdominaux (même dès le premier trimestre), vous mouvements vont aller à l’encontre de cet écartement naturel. Vous pouvez même perturber le développement de la grossesse. Vous pouvez faire des exercices de maintien ou de renforcement musculaire sans pour autant contracter la sangle abdominale : chaque contraction est aussi une compression pour votre bébé, soyez vigilante.
  • La respiration est votre marqueur essentiel : vous ne devez absolument pas être essoufflée pendant l’effort au risque de ne pas avoir un assez bon apport d’oxygène pour vous … et votre bébé. Une déficience à ce niveau peut jouer sur son rythme cardiaque aussi. D’autant plus que les barèmes de la fréquence cardiaque de la maman ne sont plus les mêmes selon les âges et la condition physique, alors ne forcez surtout pas à ce niveau-là. Ainsi, le bon curseur est de parler pendant la séance, de cette façon vous pouvez juger votre niveau d’essoufflement plus facilement. Finis les runnings de 12 km exténuants !
  • Préservez votre périnée : des séances trop intensives de sport peuvent endommager le périnée surtout s’il y a beaucoup de saut ou d’à-coup. Ainsi n’oubliez pas de contracter régulièrement votre périnée pendant l’exercice, ce qui aura aussi le bénéficie de la tonifier. Parfait pour la préparation à l’accouchement !
  • Apprenez à écouter votre corps : il ne faut pas perdre à l’esprit que le sport même de haut niveau doit être pris pour « l’entretien et non la performance pendant la grossesse » comme le souligne notre coach pour femmes enceintes. Ainsi, c’est aussi le moment pour les sportives de prendre un peu de recul et de modérer ses performances pour mieux être en phase avec son corps. « La douleur est la limite, aucun sur-effort ne doit être entamé pendant cette période ». Apprendre à s’écouter et à lâcher-prise est aussi une très bonne préparation à l’accouchement et à la maternité en général ! « Je trouve choquant ces images de femmes qui soulèvent à bout de bras des haltères sur le dos à plus de six mois de grossesse. Elles peuvent se blesser très gravement. » concède Charlotte. Est-ce que le jeu en vaut vraiment la chandelle ? Ces haltères ne peuvent-elles pas attendre quelques mois, le temps de l’accouchement et la reprise à une activité physique progressive ?
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Au final, je trouve le phénomène intéressant (et quelque fois vraiment spectaculaire), si tant est qu’il reste dans un cercle restreint d’initiés et professionnels, et que chaque maman ait pleinement conscience des risques encourus. Et vous les Mum-to-be, vous en pensez quoi? 

Credit photo Facebook Pump the Bump @jferia_10.8.14